Pendant l’été 1924, les deux sœurs de mon mari vivant en Angleterre, nous rendirent visite. La plus jeune sœur avait entretenu une amitié platonique avec un homme pendant quarante ans, et lorsqu’il décéda, elle découvrit avec stupéfaction qu’il lui avait laissé en titres, ce qui équivalait à 100 000 dollars.
Comme il n’avait rien laissé à sa famille, elle leur reversa 40 000 dollars de cette somme.
Elles étaient trois sœurs célibataires, et les deux aînées ne laissaient pas la plus jeune se marier avec l'homme qu'elle fréquentait, bien qu’il fût quelqu'un de bien. Nous l’avions rencontré en 1914. Je lui avais écrit que je savais que la première chose qu’il aurait souhaité qu’elle fasse était de venir en Amérique rendre visite à ses deux frères.
Elles acceptèrent notre invitation, et nous appréciâmes vraiment leur séjour chez nous. Nous vivions encore sur Peterboro Street dans un petit appartement, nous leur avons alors loué un appartement.
Elles avaient acheté de nombreuses jolies robes, comme elles disaient, mais qui leur donnaient l’air de vieilles dames et qui étaient beaucoup trop lourdes pour l’été. Lorsque juin arriva, je leur proposai donc de se procurer des robes plus légères à porter. Bessie, l’aînée, répondit, Non, Louise, nous avons déjà trop dépensé.
Cependant, quand la chaleur arriva, elles commencèrent à retirer un à un leurs sous-vêtements, jusqu’à ce qu’elles admettent qu'elles avaient besoin de sous-vêtements plus légers.
Je les emmenai donc chez Jordan’s, les confiai à ma vendeuse et m'assis en arrière, les observant tenir entre leurs mains des combinaisons légères, qui étaient portées à l’époque. Je ris intérieurement, sachant qu'elles n’avaient jamais porté ni même peut-être vu de tels sous-vêtements.
L’année précédente, j’avais commencé à me confectionner une robe en mousseline à pois violets, que je n’avais jamais terminée. Je dis à Bessie: J’aimerais finir cette robe pour vous, et elle répondit: J’ai toujours désiré une robe de couleur mauve. Je la confectionnai pour elle, avec des manches courtes ornées de broderies blanches au col et aux extrémités des manches.
Elle fût stupéfaite en se voyant dans cette création. Elle avait un cou, des bras et des mains magnifiques qui n’avaient jamais vu la lumière du jour, portant toutes des couleurs sombres, des cols hauts et des manches longues, et elle était ravie.
La seconde des sœurs, elle aussi, désira une nouvelle robe. Elle portait du noir en raison du décès de son bien-aimé, je l’ai alors convaincue de me laisser lui confectionner une robe noire et blanche. Elle aussi fût transformée. elles durent acheter ensuite, des chapeaux assortis à leurs robes légères, et j’eus du mal à leur faire porter des chapeaux qui devaient être inclinés sur le côté et non portés à la manière de la reine Mary, juste posés sur le dessus de la tête.
Ainsi, pendant leur séjour, je leur ai confectionné plusieurs robes à emporter avec elles. Elles étaient arrivées en ressemblant à de vieilles dames, mais elles repartirent en ayant l’air de jeunes filles. Comme mon mari était heureux! Nous avons passé tous ensemble trois mois très agréables.
Elles visitèrent tout ce qu’il y avait d’intéressant dans le Massachusetts, puis nous nous rendîmes à New York pour voir les grandes lumières blanches pendant quelques jours, puis elles partirent à Cleveland pour un séjour de quelques semaines, avant de revenir chez nous. Elles reprirent ensuite repris la mer pour rentrer en Angleterre, début septembre.
La Loge était fermée pour l’été, de juillet à septembre, ce qui m'avait laissée libre de faire tout ce qui pouvait leur faire plaisir.
Nos amis qui avaient des voitures ont été très généreux pour les divertir. Nous avons fait de nombreuses excursions en mer à Nantasket Beach, à Plymouth pour voir l’endroit où les Pèlerins avaient débarqué, et nous avons passé deux jours sur le Cap Cod et à Provincetown.
Fin septembre, nous avons rouvert les salles de la Loge, et j’ai repris les conférences du dimanche soir, en faisant de la publicité dans tous les journaux, ce qui attira de nombreux chercheurs de Lumière.
Bientôt, nous eûmes une Loge plus prospère qu’auparavant. Stanley était heureux au Club Maçonnique, et j’étais occupée à effectuer de nombreuses guérisons parmi les membres et leurs amis.
Une Sœur avait un cousin vivant à Lynn, dans le Massachusetts, qu’elle m’avait demandé d'aller visiter. Il était alité depuis deux ans. C’était un beau garçon, pas heureux en ménage, mais sa femme était aussi gentille que son cœur sans amour le lui permettait.
Je réalisai en voyant son corps émacié que son cas était désespéré. Mais son âme avait besoin d’encouragement et du genre d’aide que je pouvais offrir pour ramener son corps à la normale et l’aider à régler ce qui devait être une dette karmique.
Je me mis donc à lui rendre visite deux fois par semaine, lui apportant des mets délicats que j’avais préparés pour lui, car ils vivaient dans une pension et sa femme préparait ses repas dans la cuisine, ou lui achetait des plats de chez un traiteur. Il m’aimait tendrement, et mon cœur y répondait avec grande joie.
C’était un excellent musicien, et son âme était hautement accordée. Il avait de magnifiques visions et des expériences surnaturelles qu’il aimait me raconter, car j’étais la seule à pouvoir en interpréter la signification pour lui.
L’homme de la maison était un ivrogne. Un jour, alors que nous bavardions, son épouse me dit: Mme Clemens, j’aimerais que vous puissiez faire quelque chose pour mon mari, il est ivre depuis deux semaines et souffre maintenant de delirium tremens. Je lui promis de réfléchir à ce qui pouvait être fait.
En rentrant chez moi, je me renseignai auprès de différentes sources à propos d'un foyer pour de tels cas, et j’appris l’existence du Washington Home dans le South End, où des hommes de toutes conditions se faisaient soigner. J'allai donc visiter les lieux et m'entretenir avec directeur de ce cas, et pris des dispositions pour l’y emmener dès le lendemain, si je parvenais à le convaincre.
Je prévins ensuite à sa femme et l'informai de ma démarche. J'appelai également le directeur de la banque à Lynn, et lui demandai de nous aider à transporter l’homme jusqu'à ce foyer.
Bien sûr, dit-il, je ferai tout ce que je peux pour vous aider, si toutefois vous parvenez à le persuader d'y aller. Ce que je fis le lendemain.
Dès mon arrivée à leur domicile, sa femme qui avait beaucoup de difficultés à le convaincre me conduisit à sa chambre.
Sans que j'ai en le temps de prononcer le moindre mot il déclara: Je n'irai pas dans ce centre. Je répondis, Écoutez, M. M., je ne vous blâme pas du tout. Vous avez pris une habitude difficile à briser. Vous avez perdu votre volonté, mais vous ne voulez pas rester ici ivre pour le reste de votre vie, n’est-ce pas? Cela prendra seulement trois semaines, et vous serez un homme libre et heureux. Warner, le jeune homme malade, vous supplie de venir avec moi. S’il vous plaît, faites le. J'ajoutai que mon ami, le directeur de la banque, nous y conduirait.
Après quelques minutes, il dit: Pour vous et Warner, j’irai.
Nous avons donc téléphoné à mon ami, et la femme de M. M. nous accompagna. Elle prit connaissance des lieux et il resta là-bas trois semaines au terme desquelles sa femme vint le chercher pour le ramener chez eux.
Lorsqu’il me revit, il me remercia et dit: Si le Purgatoire est un lieu comme celui-là, je ne boirai plus jamais une goutte d’alcool.
Au début de leur traitement, il est donné aux malades tout l'alcool qu'ils demandent. Ceux-ci ont des visions horribles devant lesquelles les non-initiés rient mais ils pleureraient s'ils pouvaient voir ce que voient ces malades.
Il n’a plus jamais bu.
J’ai continué à rendre visite à ce jeune homme deux fois par semaine, tout au long de l’hiver 1924-1925. Faire ce trajet pendant les froides journées d’hiver était très dur pour moi, et j’ai eu un gros rhume qui a évolué en pneumonie en février 1925.
Ma vieille mère pensait que je ne survivrais pas, ma température était montée à 41°C.
Une infirmière vint pour des soins pendant trois semaines.
On me donna le choix : voulais-je partir, ou rester ici ?
Je répondis:
Là où je suis le plus nécessaire, c’est là où je veux être.
Alors mon âme eût une nouvelle chance.
Il me fallut du temps pour retrouver toute mon énergie d’avant cette maladie.
Les membres de la Loge me donnèrent toute l’attention possible, et continuèrent à gérer les affaires du mieux qu’on pouvait l’espérer.
Pendant que j’étais si malade, le jeune homme mourut.
La Loge ferma ses portes durant l’été, et je pris la vie aussi tranquillement que ma nature ambitieuse de Gémeaux me le permettait. Les Gémeaux, en effet, ne peuvent demeurer inactifs. ils se doivent d'être en activité permanente avec leurs mains et leur esprit.
J'avais seulement à préparer le petit-déjeuner, car Stanley prenait toujours son déjeuner et son dîner au Club, ce qui me laissait du temps pour méditer et préparer des conférences pour l’hiver à venir.
Des amis possédant des voitures m’emmenaient faire de belles promenades et des pique-niques.
Un membre du Club maçonnique, très riche, donna plusieurs petites fêtes dans sa luxueuse suite située à Fenway.
Une amie de Los Angeles nous rendit visite pour quelques jours. Un soir, elle proposa d'aller déguster quelque part un dîner de homard. Cet homme nous invita chez lui déclarant qu'il nous préparerait ce dîner de homard.
Il se rendit, auparavant, dans une poissonnerie proche et acheta tous les homards de la vitrine. Un par personne.
Nous allâmes dans sa suite, et je proposai de l'aider à préparer le dîner. Stanley, quant à lui, arriverait directement du Club.
Ce fut un dîner réussi dont nous avons gardé un joyeux souvenir.
Plus tard dans l’été, tous réunis en un groupe de six, nous allâmes en pique-nique. Nous avions invité cet ami qui avait préparé pour nous un merveilleux déjeuner. Ce fut un très bon moment.
Sur le chemin du retour, nous étions tous deux assis sur le même siège, et il me dit :
Tu sais, je n’ai plus envie de vivre. J’ai eu tout ce que cette vie peut offrir. J’ai fait tout le bien que j'ai pu, et j’ai eu plaisir à sortir avec vous, les enfants, c’est ainsi qu’il nous appelait.
Il avait quatre-vingts ans.
Avant de partir, il nous fit part de son souhait de nous offrir un dîner. Il demanda:
Que souhaiteriez-vous déguster ?
Toutes ont opté pour du poulet grillé et il arrêta la date du jeudi suivant.
Nous fûmes toutes au rendez-vous le soir convenu.
Tandis que je l’aidai à terminer les préparatifs du repas, je remarquai qu’il paraissait ne pas se sentir très bien. Si bien que, lorsque les hommes nous rejoignirent vers 21h30, je suggérai que nous laissions M.P se reposer et que nous nous retirions.
Il avait une épouse qui ne vivait pas avec lui mais venait assez régulièrement faire son ménage et s’occuper de sa suite. Avant de partir, nous avons rangé toute la nourriture et empilé la vaisselle.
Le lendemain, sa femme me téléphona pour me dire que M. P. se sentait fatigué et désirait me voir. Je me rendis donc à son domicile et restai près de lui tout l’après-midi. Sa femme, pendant ce temps, sortit faire quelques courses pour lui.
Je le suppliai de demander l'assistance d'une infirmière, mais il refusa.
Je retournai le voir l’après-midi suivant, et, lorsque je fus sur le point de partir, je lui dis:
Je reviendrai demain à la même heure.
Il me répondit:
Si je suis parti lorsque tu viendras, je veux que tu saches que j’ai beaucoup d’estime pour toi.
Le lendemain matin, sa femme me téléphona pour m’annoncer son décès.
J’ai toujours eu le sentiment qu’il avait pris quelque chose pour mettre fin à ses jours.
Sa femme était bien plus jeune que lui, et vivait à Paris.
Il disait avoir eu tout ce que l’argent pouvait acheter. Il était l’un des inventeurs et propriétaires du dictaphone.
Il m’avait confié, en revenant du pique-nique, la semaine précédente, qu’il était fatigué de vivre.
Sa belle-sœur, qui était décédée, m’avait aidée à financer ma Loge lors de sa fondation en 1917.
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Anglais : Where I am most needed is where I want to be.
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Allemand : Dort, wo ich am meisten gebraucht werde, dort will ich sein.
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Espagnol : Donde más se me necesita es donde quiero estar.
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Italien : Dove sono più necessario è dove voglio essere.
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Portugais : Onde sou mais necessário é onde quero estar.
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Grec : Εκεί όπου είμαι πιο αναγκαίος, εκεί θέλω να βρίσκομαι.
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