J’avais connu à Boston une vie si remplie, entre mes engagements caritatifs et mes activités d’organisation, que je n’avais jamais pris le temps d’adhérer à un club. Désormais plus libre de mon temps, je suis ravie de faire la connaissance des cent vingt-cinq dames qui composent les Filles du Vermont et de partager à présent leurs rencontres.
Je profiterai sans doute de leurs réunions mensuelles et de leurs autres manifestations conviviales. Il existe toujours tant de points communs entre personnes originaires d’une même région. Entre femmes du même âge, nous pouvons évoquer nos jeunes années, les grands changements survenus depuis l’époque des lampes à pétrole qu’il fallait remplir chaque matin et dont on nettoyait soigneusement les cheminées de verre, ou encore celle des chandelles de suif que nos mères fabriquaient elles-mêmes. Une existence si différente de celle d’aujourd’hui, où il suffit d’actionner un interrupteur pour que la lumière apparaisse, ou de tourner un robinet de gaz sur la cuisinière pour faire cuire, griller ou bouillir en un instant.
Lorsque j’étais jeune, je devais porter des brassées de bois et remplir la caisse à bois pour la cuisinière de l'office. Lorsque j’ai grandi et que nous utilisions du charbon, je devais en transporter des seaux du hangar à bois jusqu’au poêle du salon, en montant huit marches.
Aujourd’hui, grâce au thermostat, il suffit d'actionner un petit levier et le fuel s’enflamme automatiquement dans le fourneau. Eh bien, c’est le progrès, et je suis heureuse d’avoir vécu assez longtemps pour voir tout cela.
J’ai vécu à l’époque du cheval et de la calèche, du traîneau, des clochettes, des couvertures en peau de buffle, et ainsi de suite. Quand je visitais Boston dans les années 1880, mes amis ne me laissaient pas monter dans les tramways électriques, préférant les tramways à chevaux qui existaient encore.
Lorsque je vins m'installer à Boston en 1895, au temps des Gay Nineties, comme on les nomme aujourd'hui, et elles étaient gaies, en effet, Commonwealth Avenue, Beacon Street et Marlborough Street étaient habitées par de nombreuses familles fortunées. Des réceptions somptueuses se succédaient sans relâche, et pendant un an, ainsi que je l’ai raconté, j’y ai pris part. J’ai tout vu. Ces jours-là ne reviendront jamais. Désormais, la vie, s'emplira d’intérêts plus profonds et plus valables.
La vie change, non seulement ici, mais en Angleterre, en France et en Allemagne, où les fastueuses activités des cours ne sont désormais plus que du passé.
En 1895, lorsque je sollicitais des dons pour les œuvres caritatives, j’allais toujours trouver les directeurs d’entreprises. M. John Shepherd possédait de superbes chevaux, des traîneaux, des cutters et tout l’attirail qui allait avec. Le dimanche, les Shepherd descendaient Beacon Street depuis Brookline. C’était un spectacle magnifique. Le lundi, la presse ne manquait jamais d’en faire le récit.
Un jour, en allant voir M. Shepherd, je ne pus m'empêcher de remarquer qu’il devait être merveilleux d’avoir une telle richesse pour posséder de si beaux chevaux. Ayant moi-même vécu à la campagne, où nous avions des chevaux à la ferme, j’étais particulièrement sensible à la qualité de son équipement.
Il me répondit:
Ma chère jeune femme, l’argent, la richesse ou le luxe n’apportent ni bonheur ni contentement. Ce sont des fardeaux qui exigent trop de temps et d’attention.
Il ajouta:
Vous êtes aujourd’hui bien plus heureuse dans ce que vous accomplissez que je ne le suis à porter le fardeau qui me retient à ce bureau et à cette chaise où je suis assis.
Son attitude correspondait parfaitement à ce que j’avais observé tout au long de ma vie lors de mes relations avec les personnes fortunées. Je songe notamment à un magnat de l’acier qui avait fait construire une magnifique demeure sur la North Shore. J’y avais organisé un concert au profit d’une artiste dont je tentais alors de réunir les fonds nécessaires pour lui permettre de partir en Allemagne. Il n’appartenait pas à l’élite, mais espérait y entrer. L’a-t-il fait? Non, on ne lui a même pas accordé le privilège d’une plage privée. Sa déception fut telle qu’il s’est suicidé dans sa baignoire à New York. Il disait que tout ce que les gens voulaient de lui, c’était son argent.
Comme je l’ai dit, le contentement ou la paix de l’esprit ne viennent pas d’une abondance de biens terrestres. Le bonheur vient de l’intérieur, c’est un état d’esprit que chacun doit créer pour lui-même. Ce sont nos désirs inassouvis qui causent le malheur.
Je recommande vivement à chacun d’avoir un ou deux passe-temps en dehors des occupations quotidiennes. Il y a tant de personnes âgées dans le monde qui attendent simplement d’être rappelées, sans savoir où elles iront, ayant accepté ce que le clergé leur enseigne au sujet de la vie et des attributs de l’âme, et sans jamais avoir cherché à comprendre la raison de leur présence ici.
L’expérience et le service sont ce qui nous appelle ici. Plus nous servons et plus nous accumulons d’expériences dans différents domaines, meilleures seront nos opportunités dans nos incarnations futures.
L’énergie créative nous traverse en permanence et doit être utilisée, car si elle ne l’est pas, elle se retourne contre nous, devient destructrice, et la maladie s’installe.
Nul ne sait jamais combien de dons sommeillent dans son subconscient tant qu’il n’essaie pas, ou n’est pas contraint d'agir.
Il suffit d'une volonté résolue d’oser puis d’entreprendre, au lieu de rester passif en espérant que tout advienne sans effort, comme certains mouvements modernes le préconisent.
Activité est un mot puissant. Confiance en soi l’est tout autant. Je les ai éprouvés à ma mesure, je les ai trouvés justes, et ce sont eux qui m’ont permis d’accomplir tant de choses au long de ma vie.
Une personne qui était ici hier, venue d’ailleurs, a remarqué:
A la façon dont vous voyez la vie, et votre air si heureux, vous vivrez jusqu’à cent quatre-vingt-dix ans.
Au cours de ma vie, j’ai vu naître l’électricité, le téléphone, l’automobile, la radio, l’avion, la télévision, ainsi que toutes les inventions destinées à alléger le travail domestique: machines à laver, aspirateurs, réfrigérateurs, fers électriques, cuisinières à gaz ou électriques, et tant d’autres… Et pourtant, aujourd’hui les gens se plaignent bien davantage qu’à l’époque de ma jeunesse. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucune idée des épreuves qu’ont traversées nos ancêtres pour rendre la vie supportable, et même prospère, sur le sol des États-Unis.
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Anglais :
People complain far more today than they did in my youth.
Allemand :
Die Menschen beklagen sich heute viel mehr als zu meiner Jugendzeit.
Espagnol :
Hoy la gente se queja mucho más que en la época de mi juventud.
Italien :
Oggi la gente si lamenta molto più che ai tempi della mia giovinezza.
Portugais :
Hoje em dia as pessoas reclamam muito mais do que na época da minha juventude.
Grec :
Σήμερα οι άνθρωποι παραπονιούνται πολύ περισσότερο απ’ ό,τι στην εποχή της νιότης μου.
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