Ce chapitre de ma vie était terminé, un autre allait commencer. Toute vie est une adaptation aux circonstances.
J'ai dû, bien entendu, réajuster ma façon de vivre et planifier mon avenir.
J'étais seule dans la maison lorsque Stanley est décédé. Je n'avais personne dans ma famille immédiate pour venir vivre avec moi, bien que j’eusse de nombreux petits-neveux et nièces dispersés à travers la Nouvelle-Angleterre.
Ils n’étaient pas en mesure de venir s’installer près de moi, et ne le sont toujours pas aujourd’hui. Ils mènent leur propre existence et me sont plus étrangers que les amis qui m’ont accompagnée dans ma vie sociale.
Mon mari, étant anglais, n'avait pas de parents dans ce pays pour venir jusqu'à moi, et la guerre battait son plein. Aucun argent ne pouvait sortir d'Angleterre, comme disent les Anglais, j'étais livrée à moi-même. Ainsi, depuis son décès, le 2 novembre 1942, je fus toute seule dans cette grande maison, jusqu'à la fin février 1943.
Le quartier où je vivais n’était pas comme ceux des petites villes, où, en cas d’affliction, de nombreuses personnes offrent leur aide.
Bien sûr, mes vieux amis qui vivaient dans des quartiers excentrés ou d’autres États se mobilisèrent, comme ils l’avaient fait à maintes reprises auparavant lorsque j’en avais eu besoin, mais pendant quatre mois, je vécus seule avec mon magnifique chat persan argenté, Fluffy, qu’une amie de Rhode Island m’apporta la semaine où Stanley me quitta.
J’avais fait la remarque à cette amie que je devais avoir un chat.
Lorsqu’elle vint aux funérailles, elle déclara:
J’ai exactement celui qu’il vous faut.
Et elle me fit parvenir Fluffy dès le lendemain.
Nous avions eu une chatte semblable auparavant, mais elle mourut peu de temps avant le départ de Stanley. Nous pleurâmes sa perte, car elle avait été un animal de compagnie formidable pendant quatorze ans, et j'avais tenté des mois durant d'en trouver un autre qui lui ressemblât.
Elle est toujours près moi, et elle est bien connue de tous ceux qui ont vécu dans cette maison depuis son arrivée.
Comme je l'ai déjà dit, la vie est une série d'adaptations.
Pendant les quatre mois où je demeurai seule, je passai en revue l’ensemble de mon existence en m’efforçant de planifier mon avenir.
Fin février 1943, le Dr Lancaster, ophtalmologiste établi non loin d’ici, fit téléphoner par sa secrétaire pour m’informer qu’un jeune homme originaire de Missoula, dans le Montana, était ici et devait y rester plusieurs semaines sous ses soins.
Le jeune homme préférait loger dans une maison privée, et souhaitait que je l'accueille. Fils de médecin, il ne causerait, selon le Dr Lancaster, aucun désagrément. Je lui fis néanmoins part de mon hésitation à héberger un jeune homme, mais il parla de lui en termes si élogieux, répétant qu’il ne causerait aucun trouble, que j'acceptai finalement de le rencontrer.
Il se présenta donc, et dès qu'il eu franchi le seuil de la maison, il se senti chez lui auprès de moi, et ce fut tout à fait réciproque.
Ce fut l’une de ces nombreuses reconnaissances d’âme qui ont jalonné mon existence en cette incarnation.
Il est rare qu'une personne entre dans ma vie et me semble étrangère.
Il venait de l'Ouest, c'était un jeune homme très découragé et déprimé, animé pourtant de grandes ambitions, mais affligé d’un handicap sévère aux yeux. Il souffrait d’une maladie rare que le Dr Lancaster avait lui-même nommée antipsychonia, ce dernier jouissait de la réputation de pouvoir adapter des lunettes à ceux ainsi atteints.
Il aimait la musique, pouvait jouer assez bien du piano à l'oreille, ce qui lui permettait d'improviser et de laisser son âme s'exprimer.
Comme je possédais dix opéras et toute la meilleure musique orchestrale disponible, il passait de nombreuses heures dans la salle de musique m’amusant autant qu’il s’amusait lui-même.
Nous passions de nombreuses soirées, moi dans mon grand fauteuil, et lui à l’extrémité du vaste canapé, dans le salon-couloir où je m’assieds encore, car, étant un peu dure d’oreille, je peux y entendre le téléphone et la sonnette. Le jeune homme aimait que je lui parle de ma philosophie de vie. Il était affamé de cette nourriture là. Je lui prêtai des livres qu’il lut autant que son médecin le lui permettait.
Il demeura près de moi six semaines, puis regagna son foyer pour se rendre dans les montagnes avec les Rangers forestiers qui combattent les incendies durant l’été.
L’automne suivant, il revint et resta près de moi six mois, le temps que le docteur expérimentât diverses lentilles. Il ne voulait pas mener une vie oisive, je l’aidai donc à obtenir un poste chez S. S. Pierce Co., qui lui offrit un emploi où il n’avait pas à trop solliciter ses yeux.
Il regagna ensuite son domicile pour deux semaines, avant de retourner dans les montagnes, combattre les incendies de forêt, avec les Rangers.
Sa mère m’écrivit que Walter avait passé auprès d’elle trop peu de temps, mais que, toutefois, disait-elle:
Il est resté suffisamment pour que nous réalisions le changement qui s’était opéré en lui. Il semble plus optimiste quant à son avenir. Il se sent assuré d’accomplir ce qu’il a toujours voulu accomplir en cette vie. Il est plus joyeux qu’il ne l’a jamais été, et cela, Madame Clemens, c’est grâce à votre philosophie et à votre capacité à la lui transmettre. Le Dr Lancaster et moi vous serons toujours reconnaissants pour ce que vous avez fait pour Walter.
L’automne suivant, il revint pour quelques semaines, puis regagna son foyer afin d’étudier pour sa maîtrise, qu’il obtint avec l’aide de sa mère. Il repartit, pour l’été, dans les bois avec les Rangers.
Il revint ici, toujours à l’automne, et y demeura six mois de plus, le temps que les médecins expérimentent différentes lentilles.
Il passa près de moi encore six mois, puis on lui offrit un poste à l’Université du Montana, où il enseigna.
L’année suivante, il fut admis à Yale pour deux ans, et, à présent, en 1951, il a été choisi avec deux autres pour enseigner une classe de première année tout en rédigeant sa thèse pour son doctorat en philosophie.
À Noël dernier, j'écrivis à sa mère qu'elle avait toutes les raisons d'être fière de Walter.
Elle me répondit:
Oui, vous et moi avons des raisons d'être fières de Walter, car vous avez guidé son esprit et l'avez aidé de bien d'autres manières.
L'année dernière, il m'avait écrit qu'il était amoureux et qu'il envisageait de se fiancer. Je me suis assise immédiatement pour lui écrire comme j'étais inspirée à le faire: je ne pouvais accepter de le voir se lier au cœur de ses études universitaires. j’avais l’intuition qu’il s’agissait d’une de ces passions qui s’éveillent pour la première fois et que l’on prend pour de l’amour. Tant de jeunes gens commettent cette erreur.
Il me répondit immédiatement et me remercia pour la longue lettre et pour tous mes conseils, ajoutant:
Vous êtes une amie merveilleuse. Si les pères et les mères étaient plus ouverts concernant le premier éveil de ce sentiment sexuel, il y aurait moins de divorces qu'aujourd'hui.
Je n’ai pu résister à l'envie de relater l’expérience de ce jeune homme qui s’efforça de donner un sens à son existence malgré son grave handicap visuel. Cela démontre qu’en un cas, ma philosophie de vie a aidé quelqu'un à surmonter les faiblesses de la chair.
Revenons maintenant à avril 1943. Walter était rentré chez lui, et j'étais à nouveau seule. La guerre battait son plein. Les Japonais avaient joué leur rôle en nous entraînant dans cette guerre mondiale. J'inclus une lettre que j'ai écrite au Herald à propos de Pearl Harbor, juste pour montrer ce que je ressentais à propos de nous, Américains. Seule la performance révèle la capacité.
À l'éditeur du Herald :
(...) Il fallut Pearl Harbor, ou quelque autre choc d’une brutalité comparable, pour que la nation prenne pleinement conscience des erreurs commises au fil de son histoire, celle de ce pays que nous aimons tant. Ce fut là le véritable réveil, la renaissance de la nation.
Nous avons traversé cette phase adolescente de notre croissance nationale, à l’image d'un jeune homme né dans une famille fortunée qui, entre quatorze et vingt-et-un ans, tient tout pour acquis. Il ne s’interroge pas sur l’origine du luxe qui l'entoure et mène une vie insouciante durant des années. Ce n’est qu’au moment où il lui faut gagner son pain à la sueur de son front qu’il s’éveille aux responsabilités qu’il doit assumer s’il veut s’élever dans le monde et réaliser pleinement ce que ses facultés naturelles lui permettent d’atteindre...
Franklin D. Roosevelt, notre président, est l'homme de ce temps. Il a besoin d'âmes fortes et courageuses à ses côtés pour diriger le navire, des hommes qui mettront leur ego de côté, qui ne travailleront pas pour de gros salaires ou ne chercheront pas à devenir populaires, en pensant à leurs futures carrières politiques. Chaque homme, femme et enfant est son disciple, et nous ne devons pas être trouvés endormis lorsqu'il a le plus besoin de nous.
Un grand leader ne peut pas toujours juger de la capacité d'un homme tant qu'il n'a pas été testé, car il juge un homme d'après lui-même, et est souvent déçu par son choix.
Tout leader, même de petits groupes, peut témoigner de cette affirmation. Je suis certaine que son cœur souffre souvent, car une personne dans sa position n'aime blesser autrui.
Il est si difficile de voir ou de réaliser la vision d'un autre. Woodrow Wilson avait une vision et il est décédé sans la voir réalisée. Il était cent ans en avance sur son temps.
Calvin Coolidge avait une vision et est resté silencieux, car il savait que personne ne pouvait voir ce qui était dans son cœur, et ainsi il en sera toujours, jusqu'à la fin des temps (...)
En avril 1943, la Croix-Rouge passa de porte en porte dans toute la rue pour recenser les foyers prêts à accueillir marins et soldats. Il me fallait, une fois encore, trouver le moyen de gagner mon pain comme je l’avais fait autrefois. C'était une partie de mon Karma en cette vie dès lors, que pouvais-je faire de mieux, puisque je voulais mener une existence utile, que d'ouvrir mon dernier étage aux marins et à leurs épouses?
Je n’acceptais pas d’hommes célibataires. À de nombreux jeunes couples, j’ai donné des privilèges de cuisine. D’autres personnes refusaient les enfants, mais moi, dans certains cas, je les ai accueillis, et au cours de ces quatre années, j'ai le sentiment d'avoir fait davantage de bien qu'en donnant des conférences dans le but d'expliquer comment vivre à des centaines de personnes.
De nombreuses jeunes épouses sont arrivées ici enceintes, certaines dont les maris ne pouvaient donner de date de retour, certains étaient envoyés en missions secrètes, sans laisser aucun argent pour subvenir aux besoins de leurs épouses durant leur absence. Plus d'une fois, j'ai dû faire appel à la Croix-Rouge et à l'Aide aux Marins pour des frais d'opération et d'hospitalisation et mes propres défraiements.
Mais je me suis investie de tout cœur dans cette expérience, comme je l’ai toujours fait dans chacune des aventures de ma vie. J’ai ainsi noué de nombreuses amitiés à travers tout le pays, et ces amis n’ont jamais oublié la bienveillance et le soutien que je leur ai apportés dans les moments de besoin.
Je suis reconnaissante d’avoir eu l'opportunité de vivre une vie utile à ceux qui étaient dans le besoin, après avoir été laissée seule au terme de quarante-huit années de vie heureuse avec le bon compagnon, tout en acquittant tant d'obligations karmiques de mes nombreuses incarnations précédentes.
Ma vie m’a conduite à travers tant d’expériences différentes que j’ai parfois l’impression d’avoir vécu plusieurs existences en une seule. L'horoscope qui me fut donné lors de mon quatre-vingt-neuvième anniversaire indique que toutes les différentes occupations que j'ai exercées, y compris celle de tenir une maison d’hôtes que certains jugent socialement dévalorisante, avaient pour but de parfaire certaines qualités de mon caractère.
Mais ce n'est pas le travail qui élève la personne, c'est la personne qui élève le travail. C'est ce que j'ai essayé d'enseigner toute ma vie. Nous venons dans cette vie pour servir de la meilleure manière possible, chaque jour de notre vie. Le creuseur de fossés, le porteur de charbon, peut avoir été un roi, un prêtre, un général ou un président des États-Unis, mais pour certains de ses actes passés, il doit mener une vie humble et éprouvante dans celle-ci.
C'est la Vérité que le monde doit connaître, sans elle, il y aura toujours des conflits entre le Capital et le Travail, et les soi-disant grands et petits de toute communauté.
Nous sommes tous des Fils de Dieu. Il n'y a pas d'âmes illégitimes dans le Jardin de Dieu. Dans le monde et les lois créées par les hommes, il y a les soi-disant corps illégitimes, mais les âmes appartiennent à Dieu, tout de même, et elles peuvent avoir choisi ce chemin dans cette vie pour une raison spéciale dans le développement de l'âme, alors soyez prudents dans la manière dont vous agissez envers ces enfants de Dieu qui sont traités comme des parias.
Si j'avais une grande richesse aujourd'hui, je ne la donnerais pas à un collège, mais à des institutions comme la Florence Crittenton Home, que j'ai aidée en donnant des concerts lorsque je suis arrivée à Boston, et à la Talitha Cumi Home, où j'ai conduit de nombreuses jeunes femmes qui avaient été trahies.
Si les hommes pouvaient seulement apprendre à transmuter leur don créatif donné par Dieu en œuvres de l’esprit ou en créations dont le monde a besoin, il y aurait moins de tristesse sur terre. Je suis une grande partisane du contrôle des naissances, car toute personne réfléchie doit savoir que le monde est surpeuplé, et qu'il y a de nombreuses âmes qui y sont amenées et qui ne sont pas prêtes à venir dans une vie comme celle que nous vivons aujourd'hui.
Quiconque sait comment nous sommes affectés par les influences planétaires vous dira que les enfants atteints de paralysie cérébrale sont affectés par la planète Pluton, planète récemment découverte qui a la charge des fonctions cérébrales.
Ce sont de jeunes âmes qui n'ont pas la capacité d’établir la liaison avec le cerveau physique, et ne peuvent donc pas maîtriser les fonctions du corps. II n’existe pas de nouvelles planètes: c'est nous qui, au fil de l’évolution, entrons en contact avec elles.
Il y a douze planètes et le Soleil, vers lesquels la race humaine évolue. Il y a douze voiles à lever, et nous en avons levé seulement trois jusqu'à présent et vaguement perçu cinq, et cela a pris 200 000 000 d'années pour y parvenir. Nous avons donc encore un long chemin à parcourir avant d'atteindre le Soleil. Ne vous lamentez pas, mais avancez de manière constructive.
La Seconde Guerre mondiale était toujours en cours, et la Croix-Rouge revint encore dans cette rue afin de dénombrer les personnes qui ouvraient leurs maisons aux marins et aux soldats.
J'ai donc ouvert les quatre chambres de mon dernier étage à la location. Toutes furent constamment occupées durant quatre ans. Les loyers perçus me permirent de rembourser intégralement l’hypothèque de la maison. Une fois celle-ci acquittée, la Société astrologique d’Athéna, qui avait servi d’intermédiaire pour l’acquisition, me la restitua officiellement par acte notarié.
Grâce à mon travail acharné au service de ceux qui étaient dans le besoin, je l'avais gagnée, Au fil de ces années, je me suis liée d’amitié avec de nombreuses personnes à travers le monde, dont beaucoup ne m’ont jamais oubliée.
Il s’agissait principalement de jeunes couples. Aujourd’hui encore, je reçois régulièrement des photographies de leurs maisons et de leurs enfants.
Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je reçois encore aujourd'hui, à chaque Noël, plus de trois cents cartes. Beaucoup pensent même à mon anniversaire. Le vieil adage est vrai, Pour avoir un ami, il faut d'abord en être un. J'ai pu aider de nombreux jeunes couples à entamer leur vie commune avec la juste disposition d'esprit, car la vie est un perpétuel donner et recevoir, et je le répète à tous: La vie est exactement ce que l'on choisit d'en faire. Bien des couples m'ont écrit que séjourner dans ma maison avait été pour eux un privilège. Un ami a un jour déclaré: Personne n'entre dans cette maison sans en sortir comme un ami. Et je crois sincèrement que c’est vrai.
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- début des Confidences de Marie-Louise
Anglais :
Life is exactly what you choose to make of it.
Allemand :
Das Leben ist genau das, was man daraus zu machen wählt.
Espagnol :
La vida es exactamente lo que uno elige hacer de ella.
Italien :
La vita è esattamente ciò che si sceglie di farne.
Portugais :
A vida é exatamente aquilo que você escolhe fazer dela.
Grec :
Η ζωή είναι ακριβώς αυτό που επιλέγεις να κάνεις από αυτήν.
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