Résumé des messages précédents:
Rollins a revécu sa naissance et il lui semble exclus que certains détails proviennent de sa seule imagination.
Alors qu’il tournait page après page en remontant depuis décembre jusqu’au mois précédent, puis jusqu’à octobre, et encore plus loin jusqu’à septembre, il sombra dans des rêveries. Par rétrospection, il revivait chaque jour de chaque mois. De temps à autre, un sourire passait sur son expression tendue, et à d’autres moments un air sévère apparaissait, comme s’il s’apprêtait à donner un ordre sérieux ou à prendre une décision importante.
Puis vint la date du 12 septembre. Mais une seule notation figurait sur la page. Comme beaucoup d’autres, c’était un ordre qu’il se donnait à lui-même. Elle était brève : Découvrir qui a peint le paysage de printemps signé Raymond ________. Immédiatement, toute l’attitude tendue de Rollins changea. Cette courte notation le plongea dans un autre monde, un monde de spéculation, de curiosité, d’agrément et de défi. Le sourire quitta son visage et une expression de défi apparut. Pourquoi avait-il été impossible de connaître le nom de famille du peintre ? Pourquoi était-il oblitéré alors que le tableau était par ailleurs si bien préservé ? Telles étaient les questions qui traversaient son esprit.
Le tableau en question était accroché au mur de son cabinet de travail. C’était un vieux chef-d’œuvre, un tableau très ancien et très coûteux. Son âge et sa maîtrise étaient attestés par sa technique, par tous les signes et caractéristiques qui constituent un véritable chef-d’œuvre ancien, malgré le fait que le marchand qui le lui avait vendu n’avait pu nommer son créateur. Le marchand avait promis de se renseigner ; d’autres experts en évaluation de tableaux l’avaient examiné et avaient convenu qu’il s’agissait de l’œuvre d’un maître, inconnu, car on ne connaissait aucun autre grand paysage signé d’un nom similaire. Même l’initiale du nom de famille ne pouvait être déchiffrée, bien qu’apparemment elle eût été signée là. Le prénom Raymond, cependant, ne donnait aucun indice. Aucun nom de ce genre n’était connu parmi les grands maîtres en relation avec des paysages d’une telle rare facture. Cela ne pouvait être la première ni la seule œuvre produite par le peintre ; une telle maîtrise ne s’acquiert qu’au prix d’une longue expérience et d’un grand nombre de travaux ayant permis d’élaborer une technique personnelle.
Pendant cinq ans, les agendas contenaient, aux pages datées du 12 septembre — la date à laquelle le tableau avait été acheté — l’ordre suivant : Découvrir qui a peint le paysage de printemps. Pourtant, avec l’argent pour financer des recherches, avec des marchands prêts à lui faire toutes les faveurs susceptibles de conduire à d’autres ventes, avec un ami à Paris qui côtoyait des artistes réputés, avec tout son intérêt sincère, son désir incessant et son intense curiosité, il n’avait pu apprendre le nom du peintre. Pour lui, ce n’était plus un mystère, c’était un défi ; le nom secret…
Habituellement, lorsqu’on pose la pierre de fondation ou le postulat d’une telle construction, le bâtisseur a en tête la dernière pierre, peut-être la clef de voûte, qui doit être la plus visible dans l’édifice achevé. Et le bâtisseur construit en fonction des besoins situés entre la fondation et le sommet même de la structure. Avec un but clairement défini à l’esprit, il est possible de sélectionner dans la mémoire des faits et des idées précisément les éléments de fabrication nécessaires pour atteindre ce but. Cela s’applique à l’imagerie moyenne de l’esprit humain.
Mais une telle explication du processus dit d’imagination élimine toute appréciation des faits suivants : Premièrement, tout raisonnement déductif et inductif du cerveau humain doit résulter d’une analyse minutieuse des expériences qu’il a consciemment réalisées par participation directe, par lecture ou par ouï-dire ou vision. Deuxièmement, les faits tirés de la mémoire humaine doivent être des faits ou des idées qui sont entrés dans la mémoire au cours d’une période de réalisation effective ou autrement.
Alors, pensa Rollins, comment tout ce qui s’est produit depuis hier soir pourrait-il être attribué à mon imagination ? (Il y a, il est vrai, une seule limite aux activités et aux produits de l’imagination : tout doit être centré autour et à l’intérieur des limites de ma connaissance. Je ne peux imaginer un fait que je ne connais pas autrement ou qui n’est pas une partie ou lié à quelque autre fait ou faits que je connais.) Ni, dans le processus d’ajout à ma structure d’imagination, ne puis-je prélever de la mémoire des éléments qui n’y sont pas. Chaque point, chaque élément, chaque caractéristique, même dans la fabrication la plus sauvage et la plus étrange de l’imagination, doit résulter d’un raisonnement déductif ou inductif, basé sur une prémisse présente dans ma connaissance consciente.
D’où venaient donc les faits contenus dans ce que j’ai vu et vécu au cours des dernières vingt-quatre heures ? Que les faits de mon expérience de la nuit dernière soient des actualités de la vie ou non, ils sont néanmoins des faits dans mon esprit maintenant — et d’où venaient-ils ? Je n’avais jamais su auparavant, jamais entendu ni lu auparavant, que l’âme de l’enfant à naître planait près de la mère enceinte et entrait dans le corps de l’enfant avec son premier souffle. Non seulement je n’avais jamais entendu, ni lu, ni compris cela auparavant, mais cela est contraire à ce que j’avais cru jusqu’alors, contraire à ce que j’aurais argumenté, contraire à ce qu’on m’avait enseigné, et à ce que je sais que tant de gens croient et enseignent.
Il y a vingt-quatre heures, j’aurais affirmé avec force et sans tolérance pour le débat que l’âme de l’enfant à naître entre dans son corps quelque temps avant sa naissance — peut-être des mois avant. Nos lois civiles, pénales et morales reposent sur cette croyance. De grandes fortunes ont été attribuées à des héritiers sur la base de ce principe. Des juges savants, d’éminents juristes, des autorités incontestées ont plaidé dans les tribunaux, affirmant qu’après une certaine période de gestation, l’enfant à naître possède une Âme, et est donc une entité, une personnalité, séparée et distincte de la mère, et pourrait donc être un héritier potentiel d’une fortune, même avant la naissance.
Des hommes sont allés à la potence par le passé pour avoir détruit ou fait détruire l’Âme, ou plutôt son fonctionnement, par la destruction du corps d’un enfant non encore né. Pourtant, d’après ce que j’ai appris, et ce que je dois avouer sembler être l’exposé le plus logique et correct de la question, l’enfant à naître jusqu’au moment du premier souffle de vie vit sur la vitalité, l’essence d’âme du « sang emprunté » de la mère, comme l’expliqua la voix de l’Âme.
La section du cordon ombilical est l’établissement de l’existence indépendante de l’enfant et la prise du premier souffle de vie est l’établissement de la vitalisation indépendante et séparée du sang ; et cela doit nécessairement précéder la séparation des deux corps. C’est extrêmement logique, raisonnable et naturel du point de vue scientifique. Cela explique la déclaration faite par la voix de l’Âme et que j’ai souvent lue dans la Bible sans en saisir l’importance : Dieu souffla dans l’homme le souffle de vie et l’homme devint une âme vivante.
Mais comment un fait aussi saisissant, révolutionnaire et éclairant aurait-il pu parvenir à mon cerveau, à ma mémoire ou à ma conscience par l’imagination ? Si un seul fait éclairant peut ainsi venir par l’imagination, alors une éducation complète, une véritable encyclopédie de faits, une mine de connaissance exacte pourraient être possédées par n’importe qui simplement en rêvassant et en imaginant.
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Le "paysage de printemps" ci-dessus est de Claude Monet
Anglais
A complete education, a true encyclopedia of facts, a mine of exact knowledge could be possessed by anyone simply by daydreaming and imagining…
Allemand
Eine vollständige Bildung, eine wahre Enzyklopädie von Fakten, eine Fundgrube exakten Wissens könnte von jedermann allein durch Träumen und Vorstellen erlangt werden …
Espagnol
Una educación completa, una verdadera enciclopedia de hechos, una mina de conocimiento exacto podría ser poseída por cualquiera simplemente soñando despierto e imaginando…
Italien
Un’educazione completa, una vera enciclopedia di fatti, una miniera di conoscenza esatta potrebbe essere posseduta da chiunque semplicemente sognando ad occhi aperti e immaginando…
Portugais
Uma educação completa, uma verdadeira enciclopédia de fatos, uma mina de conhecimento exato poderia ser possuída por qualquer pessoa simplesmente divagando e imaginando…
Grec
Μια πλήρης εκπαίδευση, μια αληθινή εγκυκλοπαίδεια γεγονότων, ένα ορυχείο ακριβούς γνώσης θα μπορούσε να κατέχεται από οποιονδήποτε απλώς ονειροπολώντας και φανταζόμενος…
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