Le texte précédant amorçait une exploration de la mémoire des incarnations passées. A présent, William Howard Rollins, devant le feu de sa cheminée entre en transe...
Tandis que sa concentration se fixait sur l’espace noir et ouvert au-dessus des flammes du feu, sa conscience pénétra également ce vide, comme s’il s’agissait d’un monde où l’on pouvait habiter et participer à ses possibilités infinies.
Lorsque cette étrange sensation d’entrer dans ce petit univers s’estompa, il sentit qu’il venait de franchir un grand voile séparant le passé du présent. Tourner ainsi une page du grand livre de la vie apportait une légèreté particulière de l’esprit et un état d’éveil de la réalité subconsciente.
Physiquement, son corps restait assis dans le fauteuil du présent, mais mentalement, dans son être profond, il se trouvait dans l’hier qui était en train de se recréer dans ce petit monde au-delà du voile.
Peu à peu, il prit conscience que l’histoire se déroulait autour de lui. Quelle chambre étrange, et pourtant si familière ! Le lit en acajou… Ah oui, la jeune femme, si jeune, et qui souffrait tant ! D’autres personnes étaient là : un homme avec une petite sacoche, une infirmière, une autre femme. On entendait des sanglots, de l’agitation, de l’attente. Que signifiait tout cela ? Soudain surgirent les cris déchirants de la jeune femme, ses supplications pour qu’on la soulage, les paroles calmes et douces de l’homme à la sacoche – oui, un médecin – plein de tendresse et d’attention.
L’infirmière alla ouvrir la porte ; un grand jeune homme au beau visage entra, excité, posant mille questions, jetant précipitamment son chapeau sur une table avant de se ruer vers le lit. Le médecin le retint doucement, lui recommandant de se déplacer avec lenteur et prudence.
Des larmes coulèrent sur les joues du jeune homme : sa bien-aimée souffrait. Les mots qu’il murmura si doucement étaient empreints d’un amour infiniment tendre. L’épouse était secouée de douleurs atroces qui la soulevaient du lit en spasmes paralysants. Le médecin consulta sa montre et attendit. Ne pouvait-on rien faire? Cette question muette jaillissait de l’esprit de l’amant, du mari. L’infirmière répondit avec douceur : « Seul le temps y mettra fin. »
L’épouse était maintenant en proie à une frénésie ; la douleur était insoutenable, la souffrance dépassait toute raison, toute endurance humaine. Puis elle retomba épuisée sur son oreiller. Un calme relatif s’installa. Le médecin, à nouveau inquiet, lui prit la main gauche pour compter son pouls. Elle bougea encore. On l’aida à se lever ; elle tenta de marcher, mais elle était si faible. Elle cria : « Harold, Harold, si seulement j’avais su… Maintenant je veux mourir… Ce serait mieux… bien mieux que cela ! S’il te plaît, Harold, ne peux-tu pas m’aider ? Je suis si faible, je ne pourrai pas supporter la douleur une fois de plus ! »
C’est alors que Rollins se reconnut dans cette scène. Il éprouva le désir ardent d’aider cette pauvre femme et chercha à comprendre où il se trouvait et quel rôle il jouait dans cet événement d’un jour révolu, d’un hier de sa propre vie. Il n’était pas visible, pourtant il voyait, il entendait, il savait tout. Comment était-ce possible ? Il était présent dans chaque recoin de la pièce, mais les autres ne le voyaient pas. Il comprit soudain que son esprit, son moi profond, son âme – oui, son âme – était là, sans corps. Qui était-il donc ? Et où se déroulait cette scène, ou plutôt où s’était-elle déroulée ?
Il leva ses yeux d’âme pour observer davantage son environnement. Au-dessus de lui s’étendait l’espace, peuplé d’autres âmes semblables à la sienne, dépourvues de corps. Chacune se déplaçait dans une direction précise, tandis que lui planait ici. Où ? Au-dessus et à l’intérieur d’une petite maison à la campagne. C’était le petit matin ; le vent agitait les arbres en un murmure continu. Les champs étaient froids, les fleurs touchées par le gel ; un brouillard voilait les collines lointaines, et le soleil levant teintait à peine le ciel. Tout était calme et immobile dehors, tandis qu’à l’intérieur de cette humble demeure se mêlaient avec intensité douleur et souffrance, peur et espoir, anxiété et attente. À l’entrée de la vie, projetant son ombre immense, se dressait la grande figure noire de la mort.
Rollins n’était plus qu’une âme, attendant et observant. Pourquoi attendait-il ? Les archives du passé ne pouvaient-elles répondre aux pourquoi et aux comment de cette scène tragique ? Soudain, une lumière apparut. Elle forma une porte, et au-delà s’ouvrait un canal. Le Canal de la Vie ! Ces mots étaient inscrits en lettres de sang sur son arche. Par ce passage entra la Lumière d’une petite âme.
La jeune femme fut à nouveau saisie de douleurs. Elle tomba à genoux, implorant un soulagement, puis s’effondra d’épuisement. On la souleva doucement pour la recoucher ; le médecin et l’infirmière caressèrent tendrement ses mains et son front. Les spasmes se succédèrent, accompagnés de cris déchirants, d’une souffrance qui brisait le cœur, heure après heure, jusqu’à ce que le soleil soit haut dans le ciel et que la journée soit bien entamée. Tout au long de cette épreuve, la petite âme attendit et observa, sachant, comprenant, espérant, désirant adoucir ces heures et ces minutes… mais la loi ! La loi devait s’accomplir!
Alors, baignée de lumière, la petite âme s’approcha davantage et entra en contact avec l’âme de la femme souffrante. Les deux âmes communièrent ; leurs esprits intérieurs exprimèrent ce que les mots ne pouvaient dire. L’âme de la jeune épouse aspirait au foyer rempli d’amour, au bonheur immense qu’elle voulait offrir à l’homme qu’elle chérissait – ce Harold qui avait toujours été un amant tendre et un mari attentionné. Ils avaient rêvé de passer leur vie ensemble, à partager joies et peines. Et voilà que peut-être tout allait s’achever. Le corps perdait lentement ses forces, l’esprit était terrifié par l’intensité de la souffrance physique, l’âme marchait dans la vallée de la mort tout en cherchant à apaiser le cœur brisé.
Pourtant, la jeune femme avait courageusement attendu cet instant où une joie plus grande entrerait dans leur vie, où leur maison résonnerait des cris et des rires d’un enfant. Le mari avait calmé ses angoisses, lui assurant qu’il serait à ses côtés lorsqu’il faudrait traverser cette terre inconnue de chagrin et de douleur. Mais à présent, il ne pouvait que poser un baiser sur ses lèvres et repousser doucement ses cheveux en désordre. Et si la mort mettait fin à tous leurs espoirs ? Même dans les moments de souffrance extrême, elle pensait à lui ; l’idée qu’il pourrait tout perdre si elle mourait lui donnait la force de supporter les épreuves et de rassembler ses dernières ressources pour affronter chaque nouvelle vague de douleur.
L’heure viendrait sûrement où l’épuisement et le soulagement lui permettraient enfin de se reposer, de rêver peut-être… Et alors, le cri tant attendu d’un nouveau-né deviendrait la plus douce musique, berçant la jeune mère dans le long sommeil réparateur de la maternité accomplie.
Puis la petite âme se fondit dans celle de la future mère, la vivifiant de sa vie divine. La jeune femme sentit que Dieu était proche et que l’instant suprême était arrivé.
Communiant, se consolant mutuellement, se fiant à leur foi réciproque, pleinement conscientes de l’infaillibilité de la loi, de la fragilité de la chair humaine et des tentations terrestres, les deux âmes restèrent étroitement unies durant les dernières minutes du travail. La petite âme regardait la femme, dans sa joie mêlée de tristesse, amener au monde un corps parfait qui servirait d’enveloppe matérielle à sa venue bienvenue dans ce foyer aimant. De son côté, la jeune femme tendait les bras vers la petite âme et, mue par l’instinct maternel déjà éveillé, cherchait à la réchauffer pour qu’elle reste, afin que son enfant ait une âme et une vie – même si elle-même devait s’en aller dans les brumes du ciel en offrant le sacrifice ultime.
Quelle relation sublime ! Nulle part dans les processus admirables de la nature, nulle part dans les principes de la création, la loi de Dieu et les merveilles de Ses voies n’étaient illustrées de manière aussi belle, sacrée et simple.
Puis vint le moment décisif. La vie semblait s’éteindre dans le corps de la jeune femme. La souffrance était pitoyable. Le mari, le médecin, l’infirmière, l’amie et la petite âme en attente ressentaient tous la tristesse immense qui emplissait la pièce. Les yeux étaient humides, les cœurs lourds, tandis que la jeune femme, impuissante, s’efforçait courageusement de coopérer avec la nature pour accomplir le décret divin : c’est dans la douleur et la souffrance que la femme enfante le fruit de l’amour.
Soudain, un halètement! La jeune femme fut comme élevée au sommet de la montagne voisine de la vallée de la mort. L’espace d’un instant, elle entrevit le Ciel de Dieu ; Dieu Lui-même et les Anges lui apparurent. Elle sut… le cri du bébé… il vivait ! Puis elle retomba dans la vallée, endormie. Là où régnaient les ombres dansaient maintenant des rayons de soleil qui perçaient le feuillage des arbres verts ; ils jouaient sur les pelouses comme des fées au printemps, rayonnants de la joie de vivre.
La petite âme ne reposait plus dans l’aura de celle de la mère. Lorsque les lèvres de chérubin du précieux nouveau-né s’ouvrirent pour aspirer leur premier souffle d’air vivifiant, les poumons expirèrent l’air qui retenait l’âme. Par une inspiration immédiate, un nouveau décret divin s’accomplit : Dieu souffla dans l’homme le souffle de vie, et l’homme devint une âme vivante. La petite âme se sentit irrésistiblement attirée vers le corps de l’enfant et se retrouva dans la Chambre de l’Âme, le Royaume de l’Homme Intérieur.
Le petit corps pulsait, chaud, empli d’une vie vigoureuse. La petite âme était désormais intronisée sur terre dans son palais propre, appelée à guider, suggérer, dicter, inciter, pousser, tenter ; à être la conscience de l’homme, l’esprit de Dieu, le Maître intérieur du Temple sacré.
Elle écouta. La mère dormait paisiblement ; l’infirmière vaquait à ses tâches sur la pointe des pieds ; le médecin veillait avec attention. Tout près, dans un petit berceau, se balançait le corps du nourrisson tandis que l’âme intérieure observait et se réjouissait. À côté du berceau, le mari s’agenouillait, les larmes aux yeux, le cœur battant plus vite : la paternité était si nouvelle, si merveilleuse. Il se releva doucement, se pencha avec tendresse et humilité sur l’enfant et le couvrit de la petite couverture au crochet que la jeune mère avait confectionnée durant ses heures d’attente pleine d’espoir. Il prit une des menottes potelées, la baisa avec révérence – elle représentait tout ce qui était divin, sacré, tout l’amour qu’il portait à la femme endormie dans le coin de la pièce. Puis il reposa la petite main, la recouvrit et murmura : « Petit homme, nous te bénirons comme Dieu l’a fait, et ton nom sera William Howard Rollins ! »
Soudain tiré de sa transe, Rollins reprit conscience de lui-même et du lieu où il se trouvait. L’image dans la cheminée s’effaçait rapidement ; il se retirait de la scène. Il n’appartenait plus à cet hier dont les événements lui avaient été si étrangement révélés. Il était redevenu l’homme d’aujourd’hui, agité, moderne, pragmatique. Mais il savait désormais. Il avait feuilleté à rebours le journal de sa vie jusqu’au jour de sa naissance ; c’était son âme qui était entrée dans le corps du nouveau-né.
Quel prix terrible payait la maternité! Sa petite mère, qui en cet instant même dormait paisiblement à l’étage… Un homme pourrait-il jamais rembourser la souffrance qu’une femme endure courageusement pour que l’enfant à naître reçoive l’essence même de sa vie – et, si nécessaire, sa vie elle-même ? Quel amour suprême ! Amour divin ! Seul l’amour de Dieu pouvait l’égaler… Oui, c’est l’amour de Dieu.
Rollins méditait ainsi, les larmes coulant abondamment, le cœur battant la chamade. L’amour qu’il portait à la petite femme de l’étage allait le pousser à monter s’agenouiller à son chevet en adoration muette, lorsque la porte de son bureau s’ouvrit soudain. Là se tenait la petite dame aux cheveux gris, un châle rose jeté sur les épaules, le plus doux des sourires aux lèvres. Surprise de le voir encore éveillé, elle dit d’une voix pleine de tendresse maternelle :
« Viens, William, mon petit homme, il est très tard. J’étais inquiète que tu te sois endormi ici. Demain c’est ton anniversaire, et je pensais justement au jour où Dieu nous t'a donné. Veux-tu monter maintenant? Ton lit est prêt. Allons-y ensemble, c’est bien, mon grand garçon. »
Et côte à côte, bras dessus bras dessous, l’homme fort, grand et imposant et la petite vieille aux cheveux gris, parfois faible et tremblante, quittèrent la pièce éclairée seulement par la pâle lumière de la lune. Ils passèrent devant la fenêtre du vestibule, puis gravirent le large escalier. Tandis qu’ils s’enfonçaient dans l’ombre plus profonde et disparaissaient, on aurait dit que des anges veillaient sur eux – la petite mère et son grand bébé d’homme.
Anglais
Have you relived your birth?
Allemand
Haben Sie Ihre Geburt noch einmal erlebt?
Espagnol
¿Ha revivido su nacimiento?
Italien
Ha rivissuto la sua nascita?
Portugais
Você reviveu o seu nascimento?
Grec
Έχετε ξαναζήσει τη γέννησή σας;
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