Voici un texte paru en 1681 sous le titre Relazione della Vita del Cavagliere Gioseppe Francesco Borri Milanese (portrait ci-dessus).
Je suis né à Milan en 1627, d’une famille noble mais peu fortunée. Mon père était le docteur Borri, médecin très renommé, et ma mère appartenait à la maison des comtes de Trezzo.
Dès mon plus jeune âge, je montrai une inclination extraordinaire pour les sciences, et particulièrement pour la chimie et la médecine.
À quinze ans, je savais déjà le latin, le grec, l’hébreu et le chaldéen, et je lisais les auteurs hermétiques avec la plus grande facilité.
À dix-huit ans, je réalisai mon premier mercure philosophique avec du simple sel commun et du fer.
Grâce à lui, je transmutai une certaine quantité de plomb en or très fin, sous les yeux de quelques amis qui restèrent stupéfaits devant une telle merveille.
Après cela, ayant compris que la vraie sagesse ne consiste pas à posséder de l’or, mais à connaître Dieu et à servir son prochain, j’abandonnai les richesses du monde et me consacrai entièrement à la charité et au soin des malades.
J’exerçai la médecine gratuitement et accomplis de nombreuses guérisons que l’on tint pour miraculeuses.
Ma réputation se répandit rapidement dans toute l’Italie. On venait me consulter de très loin, et même les grands de ce monde recherchaient mon secours. Mais plus je guérissais les corps, plus je m’efforçais de guérir les âmes.
Dieu me fit la grâce de grandes lumières intérieures: je commençai à avoir des visions et des révélations sur l’état futur de l’Église et du monde. Je prédis beaucoup d’événements qui se réalisèrent ensuite exactement, notamment les malheurs qui allaient fondre sur plusieurs princes et sur la ville de Rome elle-même.
Ces prophéties déplurent fortement au Saint-Office. En 1656, on m’accusa d’hérésie, de magie et de commerce avec les esprits.
Je fus cité à comparaître, mais, sachant que plusieurs de mes amis avaient déjà été emprisonnés et torturés, je préférai quitter Milan et me réfugier d’abord en Suisse, puis en Hollande et enfin à Strasbourg, où la reine Christine de Suède, qui avait abdiqué et s’était convertie au catholicisme, me prit sous sa protection.
Avec elle, je vécus plusieurs années dans la plus grande familiarité. Elle me fit l’honneur de me nommer son médecin et son conseiller en toutes choses concernant les sciences hermétiques.
C’est chez elle que j’achevai la plupart des opérations que je décris dans cet ouvrage, et c’est avec son argent que furent construits les fours et achetés les matériaux les plus précieux.
Mais le bras de l’Inquisition est long. En 1660, un édit du Saint-Office me condamnait à mort par contumace et offrait une forte récompense à qui me livrerait. Christine tenta de me protéger, mais elle finit par céder aux pressions du pape.
Je dus fuir à nouveau: Hambourg, Copenhague, la Turquie, la Hongrie… Partout je fus traqué comme une bête sauvage.
Finalement, en 1670, je fus arrêté à la frontière autrichienne et livré aux autorités pontificales. On me ramena à Rome chargé de chaînes et on m’enferma au château Saint-Ange, puis dans la prison du Saint-Office. Après un long procès, je fus condamné à la prison perpétuelle.
Depuis vingt-cinq ans déjà, je vis enfermé dans les cachots du pape, sans jamais voir la lumière du soleil autrement que par une petite lucarne. C’est dans cette prison que j’ai écrit ce livre. Dieu, dans sa miséricorde, m’a accordé la grâce de conserver mes manuscrits et même de poursuivre quelques expériences secrètes.
Ce que j’ai vu et fait autrefois dans les palais des rois, je l’ai refait ici avec presque rien, et j’ai obtenu les mêmes résultats, parfois plus parfaits encore.
Je livre donc aujourd’hui cette Clef de mon cabinet (la Chiave del Gabinetto) à ceux qui sauront la mériter.
Que le lecteur se souvienne que la véritable Pierre philosophale n’est pas seulement celle qui transmute les métaux: c’est celle qui transmute l’âme de l’homme et le rend semblable à son Créateur.
Écrit dans la prison de Rome, l’an 1680.
Giuseppe Francesco Borri, Milanais
Anglais :
What can the cabinet key open?
Allemand :
Was kann der Schlüsselschrank öffnen?
(ou, plus naturel selon le sens : Was kann der Schlüssel des Schranks öffnen?)
Espagnol :
¿Qué puede abrir la llave del gabinete?
Italien :
Che cosa può aprire la chiave dell’armadietto?
Portugais :
O que a chave do armário pode abrir?
Grec :
Τι μπορεί να ανοίξει το κλειδί του ντουλαπιού;
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