Nous arrivâmes enfin à Chicago. J’y retrouvai des amis que j’avais prévenus du retard causé par l’accident; en contact avec les gares de la ligne, ils nous attendaient sur le quai à notre arrivée.
Nous restâmes sur place quatre jours durant. De nombreuses activités avaient été planifiées pour nous, ainsi que des promenades vers différents points d’intérêt.
Plusieurs amis que j’avais rencontrés à Pittsburgh en 1917 nous accueillirent pour les déjeuners dans plusieurs clubs.
Quand vint le moment du départ, mes amis m’offrirent une paire de chandeliers en argent massif. Ils ornent encore ma coiffeuse aujourd'hui. Je garde de nombreux souvenirs agréables de ce voyage, et l'amie qui m'accompagnait affirme que notre voyage reste l’expérience la plus marquante de toute sa vie.
Nos chemins se séparèrent donc ici, elle partit rendre visite à des amis installés dans une autre région du pays, tandis que je me dirigeai vers Cleveland, dans l’Ohio, pour retrouver Charles, le frère de mon mari, organiste de renom, que nous avions rencontré à Berlin lors de notre voyage de noces, en 1895.
À Berlin, Charles Clemens comptait de nombreux élèves venus de Cleveland. Ce sont eux qui le persuadèrent de venir en Amérique, lui assurant qu’il y trouverait un cadre plus vaste pour exprimer pleinement son talent.
Jouer de l’orgue était un don divin pour cet homme. Il était le seul Anglais à avoir été enseignant au Conservatoire Klindworth à Berlin. Il était considéré comme le meilleur organiste en Allemagne.
Sa Majesté l’Impératrice d'Allemagne souhaitait qu'il fondât, à Berlin, une école d’orgue placée sous son patronage. Mais, encouragé par les éloges enthousiastes de ses élèves américains et la présence de son frère Stanley installé là-bas, il ne put résister à ce qui lui semblait être un appel lui étant destiné.
Ainsi, lorsqu’il reçut une offre de l’université Western Reserve de Cleveland, puis une autre d’une grande église presbytérienne, il répondit à cet appel et partit s’installer aux États-Unis.
J'avais été amenée, peu après son arrivée, à organiser un récital d’orgue au Symphony Hall.
Ce n'était pas un projet facile à réaliser et je n’aurais pas pu l’entreprendre sans l’aide et le soutien financier de Mme Oliver Ames et de M. T. C. Hollander car l’orgue n’était pas, à cette époque - pas plus qu'il ne l'est aujourd'hui - apprécié comme elle devrait l’être.
Ce qui ne parle pas en faveur du développement spirituel du peuple américain, car l'orgue est l’instrument qui touche le plus l’âme spirituelle de l’homme.
Cependant, j’accomplis la tâche qui m’avait été confiée, et il reçut de merveilleuses critiques dans les journaux. Philip Hale, le critique musical du Herald, déclara qu'il avait entendu le jeu d’orgue le plus céleste jamais donné.
Mme Ames aimait l’orgue, elle en possédait un chez elle. Elle était sourde et ne pouvait entendre que le son des trompettes.
M. Hollander aimait l’orgue également, il en possédait un dans sa belle maison de campagne à Wenham, dans le Massachusetts. Il nous invita pour le week-end, me demandant d'emmener une chanteuse. Nous fûmes tous trois royalement accueillis.
Du champagne et toutes sortes de liqueurs étaient servis à ceux qui en désiraient, et les repas étaient au-delà de tout ce que j’avais jamais vu.
Recevoir était son plaisir. Il était célibataire, vivait en face de notre maison sur Bay State Road et était un ami sur lequel on pouvait compter.
J’organisai un autre récital d’orgue au Symphony Hall aidée par les mêmes personnes que pour le premier.
Nous étions au début de l’été, et M. Hollander nous avait invités dans sa maison sur l’île Misery. Il vint nous chercher avec son yacht privé, et nous fûmes accueillis aussi somptueusement que la première fois, un autre souvenir délicieux gardé dans un coin de ma mémoire.
Juste avant de venir s’établir ici, Charles Clemens avait épousé une veuve anglaise, mère de quatre enfants, trois filles et un garçon. Elle avait été mariée, en premières noces, à un officier allemand qui avait vécu dans sa demeure berlinoise.
Nous avions pensé qu’un déménagement avec sa nouvelle famille au complet serait trop lourd pour lui, mais elle n'accepta tout simplement pas de le laisser partir sans elle.
La famille était grande, et ils étaient très fiers; être les enfants d’un officier de l’armée allemande signifiait une supériorité pour eux.
Pendant la guerre de 1914, ils prirent le parti des Allemands, et il me confia un jour qu'être sourd offrait parfois ses compensations.
Je suis certaine qu'il aurait mieux réussi dans sa carrière ici sans autant de responsabilités financières, mais je suppose que c’était son Karma. Ne jugez pas, nous dit-on.
Pendant mon séjour, Charles donna un récital que j'appréciai beaucoup. Les amis du couple furent très aimables et m’emmenèrent faire du tourisme, m'invitèrent à des thés, etc.
J’ai digressé un peu, mais Charles Clemens était une figure exceptionnelle parmi les musiciens, ainsi que parmi les hommes, et je suis heureuse de lui rendre cet hommage personnel.
Lorsqu'il est décédé, le pasteur de l’église presbytérienne où il était organiste, dans son éloge, lors du service funèbre, a affirmé que Charles Clemens était l’une des trois personnalités exceptionnelles qu’il avait eu le privilège de rencontrer au cours de ses expériences pastorales.
Charles, dans sa vie, utilisait le même texte de la Bible que j’ai utilisé: Quant à moi, je marcherai dans mon intégrité , tiré du vingt-sixième Psaume de David, verset onze, ce qui signifie, peu importe ce que vous pensez, je marcherai à ma manière.
De Cleveland, je suis rentrée chez nous et ai retrouvé ma Loge.
Un grand groupe m’attendait à la gare et m’offrit un gros bouquet de boutons de roses, dont la floraison a tenu plusieurs jours.
J’avais écrit de nombreuses lettres tout au long du chemin, qui furent lues à tous les membres lors de leurs réunions du dimanche soir.
Ils déclarèrent qu'il fallait les faire imprimer, car elles contenaient des descriptions si vivantes de mon voyage et de ce que j’avais vu qu’ils avaient l’impression d’y être.
Cependant, j’étais heureuse de rentrer, sept semaines, c’était long, loin de Stanley et de ma maison.
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Anglais : Being deaf sometimes offered compensations.
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Allemand : Taub zu sein bot manchmal Ausgleich.
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Espagnol : Ser sordo ofrecía a veces compensaciones.
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Italien : Essere sordo offriva talvolta delle compensazioni.
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Portugais : Ser surdo às vezes oferecia compensações.
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Grec : Το να είσαι κουφός προσέφερε μερικές φορές αντισταθμίσματα.
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