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Cromaat D - Le Village du Diable - Merci à Soror DB qui m'a offert cette traduction. 

 

Voilà d'abord l'introduction: 

 

Enfin l'histoire est dite ! Étrange, mystique et instructive, cette histoire est l´une des plus vieilles traditions de notre Ordre en France. C'est une histoire racontée dans les foyers des plus vieux mystiques de France, de celles qui renseignent sur la vie et la mentalité des provinciaux dans ces jours où le mysticisme connaissait ses heures de gloire et où la civilisation soi-disant moderne était en cours de construction. La question a souvent été posée : « Est-ce que l'Imperator a connu des expériences supplémentaires en France après son initiation dans l'Ordre dans la nuit du 12 août 1909 ? »Le récit de mon voyage en France, tel que publié en mai 1916 dans la revue The American Rosae Crucis, fourmillait d'incidents et d'expériences qui intéressèrent beaucoup de nos membres ; mais ce récit de livrait aucun détail sur les autres expériences personnelles qui me permirent de poursuivre mon introduction dans les mystères de notre Ordre, auxquelles il est seulement fait vaguement allusions dans divers écrits publiés dans les revues de notre précédent titre (Ndlr : la revue The American Rosae+Crucis parut de 1916 à 1917 ; la revue CROMAAT dont la présente publication constituait le volume « D », lui succéda pour les seules années 1918/1919...)Je ne me suis jamais senti le droit, cependant, de raconter ces expériences sacrées et plus ou moins secrètes dans un magazine public et j'ai senti que la plupart de celles-ci devraient être communiquées dans un cadre plus personnel et intime. L'opportunité d´une tel échange privé entre moi-même et mes frères et soeurs m´est maintenant offerte, et j´entame cette série de récits dans ce présent numéro de CROMAAT, en vous proposant la légende du Village du Diable.Je dis que c'est une histoire; mais en vérité c'est un amalgame de faits, de fiction et de tradition. Beaucoup d´éléments considérés comme traditionnels peuvent se révéler finalement factuels. 

 

[...] Il peut être intéressant de savoir comment l'histoire est parvenue jusqu´à moi. Sur mon chemin de retour de Toulouse vers Paris, je me suis arrêté dans plusieurs villes où vivaient des rosicruciens ou bien qui abritaient des temples rosicruciens, des sanctuaires ou des vestiges. J'ai été guidé le long de mon périple au pays du mysticisme rosicrucien, par des Maîtres et des Frères de l'Ordre qui savaient où l´on pouvait découvrir les panoramas les plus étranges et accéder aux plus renversantes expériences. Finalement je suis retourné à Montpellier, après avoir traversé Nîmes et d'autres localités qui sont décrites dans cette histoire. À Montpellier j'ai rencontré quelques-uns des plus vieux officiers de notre Ordre en France (qui ne sont plus en activité) et dans un très vieux bâtiment où, il fut un temps, notre Ordre tint ses convocations, entouré de nombreux vestiges et au milieu de vibrations intenses, je me suis assis et j´ai écouté l'histoire que j'ai rassemblée pour publication ici. Mais je ne pouvais me contenter de simplement écouter cette histoire - et mes lecteurs ne sauraient non plus s´en satisfaire. J'ai donc sollicité le privilège de visiter le Village du Diable, et là, sur place, j´ai personnellement éprouvé d´étranges influences que peut-être aucun autre américain n'a jamais expérimentées et dont les touristes français les plus déterminés n'ont pas réussi à localiser la source. Outre cette expérience personnelle qui a confirmé l´essentiel de l'histoire, j'ai passé plusieurs jours à compulser les rares archives rosicruciennes pour y traquer les preuves historiques qui y seraient consignées et qui confirmeraient les faits et les déclarations traditionnelles relatives à l'existence de ce village. L'histoire, telle que je vais maintenant vous la raconter, contient toutes les vérifications qu´il m´a été possible de l'obtenir. Je l´ai rédigée à la manière d´une visité guidée que je conduirais personnellement, et plutôt que de décrire de quelle façon je me suis moi-même rendu sur place, j´ai préféré exposer suivant quel itinéraire nos frères et soeurs pourraient y aller. En fait, quand notre groupe de touristes rosicruciens américains foulera le sol français en 1919, dans leur périple vers Toulouse et éventuellement l´Egypte, j´espère bien les accompagner jusqu´au Village du Diable, selon ce même circuit que je vais vous décrire.Mes lecteurs remarqueront avec quel souci du détail et quelle volonté de précision j'ai localisé le village et fourni toutes les indications nécessaires pour l'atteindre et jouir de son existence. Il n'y a eu aucune tentative de voiler son emplacement ou d´occulter quoi que ce soit concernant mon voyage. Tout ce dont le lecteur de ce récit aura besoin pour se faire une idée précise du contexte géographique du village, est une carte du Sud de la France ; et sur les grandes cartes d´état-major comme celles publiées par le gouvernement français, (et qu´on peut se procurer dans toutes les grandes bibliothèques américaines) chacun trouvera les villes de Montpellier et Montpelliérette, ainsi que les autres villages mentionnés. Et, même sur une vulgaire carte de France, on peut voir dans le sud du pays la chaîne de montagnes des Cévennes et la rivière du Tarn. Dans le secteur où le Tarn traverse le Cévennes se trouvent les Causses Noirs - les canyons dans lesquels on doit s´engager pour visiter Le Village du Diable. Il y a une question qui me sera posée probablement par beaucoup de mes lecteurs si je ne l'anticipe pas. « Pourquoi ne nous avez-vous pas montré quelques photos du Village ? » Je ne peux pas les montrer parce que je n'en ai pas fait. On ma instamment demandé de ne pas tenter de faire de clichés du Village et en conséquence je n'avais pas emmené mon appareil photo avec moi lors de cette excursion. Les photographies y ont toujours été interdites et je pense qu'aucune ne sera jamais prise de ce lieu; ainsi ceux qui souhaiteraient découvrir les sites évoqués ci-après devront entreprendre le voyage et venir les admirer sur place. Le Village du Diable est plus qu'un site pouvant être dépeint; c´est véritablement un état indicible tant de l´esprit que l'âme. Et maintenant permettez moi d'escorter mes lecteurs en France pour une visite orchestrée par mes soins. Asseyez-vous confortablement dans un bon fauteuil dans un endroit au calme, et franchissez avec moi les grands espaces qui nous séparent d´une terre mystique, en abandonnant derrière vous le modernisme de notre époque et la conscience de votre présence physique tandis que mentalement vous projetez votre moi réel en cette contrée qui est si chère à notre coeur. 

Nous tenons à remercier le Maître de la Loge Delta, N°1, A.M.O.R.C. à Philadelphie, Pa, pour son beau frontispice gravé du Château d'Aragon à Montpellier. 

L'auteur

CHAPITRE UN 

 

Il est généralement accepté que l’Europe possède les plus intéressants monuments de l’histoire. Les américains font en particulier de l’Europe leur but ultime quand ils planifient un authentique voyage touristique, et en effet, qu’ils soient riches ou aux moyens modérés, peu sont ceux qui viennent sans porter un amour inné pour les beautés de la France, de l’Angleterre, de l’Espagne, de l’Italie, de la Suisse ou de l’Allemagne. 

On ne peut pas dire que cet amour pour l’Europe soit inspiré par le fait qu’on ne peut trouver qu’en Europe la marque, pour ainsi dire, de la naissance de la race humaine. En admettant qu’à l’étranger l’on voit les évidences monumentales du début de la civilisation, nous sommes obligés d’admettre, ou au moins donner du crédit à la théorie, que l’évidence matérielle la plus ancienne(earliest) de l’existence humaine sur cette terre se trouve dans les grottes et les habitations des falaises des premiers constructeurs dont le travail grossier peut encore être trouvé le long de la rivière d’Ohio aux Etats-Unis ; et alors qu’on accepte les déclarations des scientifiques disant que ces édifices préhistoriques datent d’avant tout enregistrement connu des hommes, on peut ou pas accepter la théorie que la vallée de l’Ohio était le « jardin d’Eden » des origines. 

Cependant le charme d’Europe ne tient pas qu’en ses ruines magnifiques et à ces inspirants vestiges historiques ; mais aussi dans le plus subtil magnétisme de sa poétique romance et du mysticisme de ses traditions. 

Dans ce domaine la France est la plus populaire/célèbre, et, il est vrai, la plus intéressante. Son histoire depuis les Gaulois à travers le 8, 9, 10ème jusqu’au 15ème siècle est un conte continuel de mystères, de romance, de valeur, de sacrifice et d’exploit. Sa littérature de cette époque – les chansons des troubadours dans leur langue de romance, et les documents historiques en latin écrits par des moines- semblent s’amuser des merveilleux incidents si chers aux amoureux de l’histoire française et au mysticisme français. 

Les cours de l’amour (the courts of love), les fêtes des fleurs, les différentes cérémonies royales dans les châteaux des comtes, ducs, seigneurs et rois, les imposantes croisades, les luttes romantiques pour les mains des belles héritières et les guerres royales contre la religion, la suppression du vice et la perte de propriété et de titre – tout cela rivalise de leur aspects impressionnants et de leurs cadres émotionnels. C’était le temps du plaisir, de l’amour, de la guerre, et la France plus que tout autre pays, était le lieu de ces vraies grandes scènes de la vie qui ont été si merveilleusement et si fatalement représentées. 

 

Devrait-on s’interroger alors sur le fait que le français est fier de son pays, de son histoire et de ses centaines de monuments, dont nombreux sont en ruine et autant d’autres ont été restaurés et reconstruits par une commission de scientifiques, d’architectes et d’historiens, qui travaillent avec diligence pour préserver pour les futures générations d’amoureux de l’histoire, les plus anciens et historiques des nombreux châteaux (demeures), citadelles, « forteresses », forts, murs, églises et lieux saints mystiques ? 

Il est apparent même pour le plus occasionnel des touristes de la France du sud que les natifs de province considèrent ces monuments d’histoire comme des biens personnels. Ils apportent à leurs villas un flot continuel de touristes du monde entier, qui par leurs visites prolongées, apportent leur clientèle aux hôtels, restaurants, magasins, relais, garages et aux moyens locaux de transport. Le natif trouve dans le touriste une incitation à transmettre dans les détails les faits se rapportant aux ruines existantes, les légendes de celles disparues et l’histoire de celles qui sont préservées. Il est toujours partant quand l’opportunité se présente d’être un guide – à un petit prix - et prend un plaisir particulier dans sa capacité à signaler de nombreuses nouvelles merveilles insoupçonnées. 

Cela n’est pas étrange, alors, qu’au Sud de la France, au milieu des endroits les plus fréquentés par les touristes, où les artistes se promènent tous les ans en préparant les nombreux livres que nous avons maintenant sur les « Châteaux de France » et les « Monuments de France » , et où les natifs cherchent toujours de nouveaux points d’intérêts attrayants pour le touriste, qu’il devrait avoir existé, inconnu du monde extérieur jusqu’en 1883, une des plus merveilleuses, surnaturelles et mystérieuses villes/cités du monde entier ? Et encore plus étrange est le fait que jusqu’à ce temps présent, dans l’histoire que l’auteur présente, cette ville de mystère n’a pas été enregistrée (chroniquée), sa vraie histoire n’a pas été dite, et sa beauté n’a pas été photographiée. 

Avant d’essayer d’emmener mon lecteur dans un voyage guidé personnellement vers cette merveille des merveilles, il est bon que je décrive quelques données historiques des villes avoisinantes, pour que l’on puisse plus naturellement comprendre la signification de l’histoire et de la légende de la VILLE DU DIABLE. Et cela peut être fait de façon plus intéressante en décrivant la route ordinaire vers cette ville à partir de celle de Paris. 

Paris est le pivot à partir duquel les différentes lignes de voies ferrées irradient et l’on peut faire le voyage vers le sud de nuit en partant à environ 7h30 pm et en passant par Dijon et Lyon vers Avignon, où il faut changer de voiture. On y arrive tôt le matin, et après un petit déjeuner, il reste plusieurs heures pendant lesquelles on peut commodément voir les monuments de cette ville. 

Avignon est une ville de 14 000 habitants, la capitale du département du Vaucluse. Elle est située sur la rive gauche du Rhône et en arrière plan s’élève un immense rocher sur lequel on voit l’ancien palais des papes, où de 1305 à 1377 sept papes successifs ont régné ici avant l’établissement du Vatican à Rome. On examine les murailles de la cité construites au 14ème siècles par les papes, puis l’on visite la cathédrale construite au 11ème siècle (laissant parfaitement voir où elle a été reconstruite et remodelée) et alors, désireux d’arriver à destination aussi vite que possible, nous prenons un omnibus et traversons la rivière vers Villeneuve-les-Avignons pour visiter le fort St André. Ce beau monument d’architecture est considéré comme l’un des plus rares de son espèce construit au Moyen-âge. Son front imposant, son apparence majestueuse et guerrière, montrant pleinement de nombreuses marques de batailles et de luttes, ne mènent pas à penser qu’à l’intérieur de ses murs et de ses tours se trouvent un paisible couvent et plusieurs maisons habitées par de très pauvres familles. 

Il est nécessaire de passer une journée entière à Nîmes pour être avisé des nombreuses antiquités d’intérêt pour le mystique.

Nous découvrons une ville provinciale typique et prospère d’environ 70 000 habitants, merveilleusement située à l’extrémité sud des collines qui rejoignent les Cévennes (les Montagnes Rocheuses de France). Devant nous s’étale un beau boulevard dont les arbres nous ombragent amplement comme nous nous retirons du soleil brûlant. Avant de visiter les nombreuses vues, nous nous enquérons de l’histoire de la ville et apprenons qu’en 121 avant JC cette ville était appelée NEMAUSUS par les romains et que c’était la capitale du Volcae Arecomici. Elle est devenue l’une des principales colonies des Gaulois qui ont pris un plaisir particulier à l’embellir en érigeant de nombreux beaux bâtiments et monuments que nous allons voir. Durant le 10ème et 11ème siècle cette ville était la propriété des contes de Toulouse qui l’on dirigée, de Guillaume en 800 à Raymond finissant en 1222* (* la généalogie et l’histoire des Raymond ont été établies dans un article de « issus of the American ROSAE CRUCIS », novembre 1917). Jusqu’en 1704, pendant les guerres de religion, elle a beaucoup souffert car les ¾ de la population avait embrassé le protestantisme et c’est aujourd’hui une ville importante pour cela. 

C’était également le siège de conflits pendant le 12ème siècle quand Raymond VI et VII ont été poursuivis en justice et excommuniés pour avoir autorisé des mystiques et des hérétiques sur leurs domaines, et de toute part on trouve des traces de guerre, rébellion et défaite. 

En dépassant le boulevard principal (Feucheres) de puis la gare, on voit devant nous, faisant face à l’esplanade, l’Arène ou Amphithéâtre. Elle a été construite pendant le 1er ou 2ème siècle et est typique de l’architecture romaine. Elle a une forme d’ellipse, longue de 146 yards, 111 de large et 70 feet (pieds) de hauteur. L’extérieur est en meilleur état que ceux de Rome grâce à la restauration constante de la Commission et parce qu’ici, de nombreux dimanches au cours de l’année, quelques 24 000 spectateurs viennent voir des corridas ; la ville étant sous un gouvernement socialiste, l’argent dérivé d’un plaisir que les natifs provinciaux eux-mêmes abhorrent est utilisé pour le bien de la communauté. 

Nous tournons et suivons le splendide boulevard VICTOR HUGO, où nous trouvons un square ouvert, et faisant face au THEATRE on voit l’ancienne et étrange MAISON CARREE. C’est un des plus noble et un des mieux préservé des temples romains existants, 76 feet de long, 40 feet de large, et 40 de haut, avec 30 colonnes corinthiennes d’une beauté inhabituelle. La date de sa construction est inconnue, elle a été attribuée à la période d’Auguste et des Antonins ; les fondations découvertes récemment montrent qu’elle était probablement située au centre d’autres importants bâtiments. C’est ce bâtiment, dont les lignes perpendiculaires et horizontales sont étrangement incurvées, qui a été imité quand Notre Dame a été construite à Paris. La Maison Carrée contient maintenant les anciennes monnaies françaises et quelques sculptures. 

Nous continuons quelques blocs plus loin et là nous entrons dans le JARDIN DE LA FONTAINE, avec ses étranges canaux qui alimentent en eau cette ville en été et quand l’eau se fait rare, et qui ont leur origine dans les bains romains au-delà. Ce jardin et ces canaux étaient initialement de construction romaine mais ont été grandement embellis et agrandis sur de nombreux miles /km par le Roi Louis au 18ème siècle. 

Sur le côté du jardin se trouve l’ancien temple de Diane, vue magnifique montrant toujours dans ces ruines les pièces de Diane et les rares sculptures. Non loin se trouvent les vieux bains romains pour hommes et femmes ; le premier étant une piscine d’eau stagnante maintenant, fermée par de hauts murs en marbre ; nous sommes avertis de ne pas approcher les marches menant à l’eau car « personne n’a jamais connu la profondeur de la piscine et tout ceux qui sont tombés ne sont jamais revenus » dit le plaisant guide. Les bains des femmes, si souvent cités dans les romances et aussi souvent peints et gravés, sont vraiment magnifiques et sont sous le niveau de la rue sous un chemin privé et entourés par des rangées de colonnes. 

Plus loin encore, hors de la ville, on voit de mystérieuses ruines romaines de quelque bâtiment inconnu, n’ayant jamais eu de nom à part « Les Trois Piliers ». 

Nous nous empressons maintenant vers Montpellier, une autre ancienne ville et une de celle qui a des connections considérables avec l’histoire du Village du Diable. 

Mais avant d’entrer dans cette ville nous devons commencer l’histoire étrange et romantique qui lie ces deux villes et qui, pour la première fois, révèle le secret légendaire de notre étrange et mystérieuse destination.

CHAPITRE DEUX 

 

La totalité du sud de la France a fait autrefois partie de l’Empire Romain, et César dans ses «Commentaires » décrit cette région comme la Gaule. Son histoire de cette époque jusqu’à sa possession par les Francs, les Normands et les Anglais est extrêmement intéressante, mais n’a pas de place ici à part pour introduire dans ce récit un des caractères jusqu’ici inconnu associé d’une certaine façon au Village du Diable. 

Durant les quelques premiers siècles après le Christ, la France était principalement gouvernée par divers contes et seigneurs de ses provinces. A cette époque le roi était nommé en ce qui concerne son influence sur ces SENECHAUSEES du sud. 

Toulouse et le domaine du même nom, connus pour les Romains sous le nom de Tolosa, était toujours le centre de conflits et de guerres d’influence extérieure ; sa conquête ne signifiait pas seulement une puissance de part ses vastes terres et la richesse de ses villes et produits, mais une telle souveraineté donnait de l’influence pour conquérir et régner sur les villes et territoires voisins. Ainsi le zèle pour devenir conte ou seigneur de Toulouse était visible par toutes les nations européennes, et après la fin du règne de Pépin le Bref , Charlemagne, le grand maître de France et d’Allemagne, entreprit de choisir le conte suivant. Ceci bien sûr était une nouvelle méthode pour ceux qui croyaient que la guerre et la possession de secteur donnait l’autorité gouvernante. 

L’homme choisit par Charlemagne était Guillaume. A cette époque il n’y avait pas de nom de famille ou surnom et ce Guillaume, comme beaucoup d’autres a reçu un deuxième nom à cause de quelque trait distinctif, et ainsi on le trouve appelé Guillaume Cortnez (de AU CORT NEZ). 

C’était un fils du conte Theodoric et en tant que conte de Toulouse ce Guillaume a (mediate or immediate) régné sur le Conté de Toulouse avec ces nombreuses villas, et aussi sur les importantes et anciennes cités de Beziers, Nimes, Agde, Maguelon, Lodeve et Uzes. L’histoire de cet homme, dans les nombreux et étranges manuscrits français, est remarquable pour ses nombreuses légendes, chroniques et poèmes d’éloges, notamment : LE CHARROY DE NISMES et LE MOINAGE DE GUILLAUME. Il était un homme sincèrement religieux et un amoureux de la paix et de la justice. Dans un rare récit de sa vie on trouve l’incident suivant d’intérêt pour notre histoire : 

« Il cherchait un endroit pour un monastère, pour ceux qui comme lui, sincère envers leurs croyances religieuses et désirant du calme et la paix, aurait pu adoré sans être perturbés par les guerres constamment menées autour d’eux. Il trouva, dans la montagne de Lodeve (dans la très proche région où l’on visitera le Village du Diable) une gorge fermée et profonde, favorable de part son ISOLEMENT, à la méditation et la prière. En effet, au milieu de la vue sauvage, entourés d’énormes masses de granit, se trouvait le beau plateau, où Guillaume décida de construire l’un des plus célèbres monastères d’Europe. » 

Le monastère a été magnifiquement construit avec soin et recherche avec ce rare granit blanc qui est si abondant dans cette région de France ; et il s’éleva majestueusement au milieu des autres rochers aux couleurs sombres et teintées. L’intention de Guillaume était d’appeler ce monastère l’abbaye de Gellon, un nom qui est souvent utilisé dans ses anciens manuscrits ; mais après la mort de Guillaume, quand il a été consacré par le pape, il a été nommé l’abbaye de SAINT-GUILLEM-DU-DESERT, en hommage de son fondateur et en souvenir dans son emplacement désertique. 

Guillaume mourut en 812 ou 813. Dans deux anciennes chartes datées de la 34ème année du règne de Charlemagne (804) il apparaît qu’il laissa, en plus de plusieurs fils, deux filles, Albane et Berthe. C’est avec ces deux sœurs que nous devons commencer le fondement de l’histoire connue du Village du Diable. 

Si nous en croyons les troubadours et les moines de cette époque, qui étaient si attentifs à rapporter le moindre détail, il faut croire que ces deux sœurs étaient extrêmement belles. La beauté de cette époque n’était pas du standard d’aujourd’hui. Ces filles étaient françaises, de type Romain et non Parisien. Il y figure qu’elles avaient le menton, les lèvres, le nez et le front d’une beauté modèle que nous voyons sur de rares peintures de vieux maîtres ; c’était le plus haut type des charmes latins aujourd’hui quasiment éteints. 

Elles étaient jeunes au moment où l’histoire commence. En ces jours la chevalerie était en fleur. L’ambition de tout jeune homme était de devenir un Seigneur. Les forts, les braves et sans peur devenaient les contes, les ducs et les princes. Il n’y avait pas de profession et le commerce avec d‘autre travail manuel était laissé aux masses. La guerre, la galanterie et l’amour étaient les occupations des jeunes hommes, et en conséquence, les DAMES riches et belles étaient fervemment et constamment courtisées par ces princes aspirants. 

C’est en ces jours que l’art de la sérénade devint si populaire. Etre un troubadour accompli, signifiait être l’admiration de toutes les nobles et gentilles dames, et être envié de tous les hommes du royaume. Nous trouvons ici l’origine du beau langage de romance et les étranges et captivants poèmes d’amour. Le troubadour, jeune ou vieux, avec un instrument de musique pendu à son épaule et vêtu de hauts de chausses et d’une cape si populaire alors, était toujours bienvenu aux cérémonies royales, et la chambre ou la cour de la Reine lui était toujours ouverte. Il s’asseyait pour des heures et entouré par ces nobles filles et femmes, composait et chantait des mots d’amour et d’admiration, pendant qu’elles le couvraient de fleurs de toutes les couleurs. Cela est aussi à l’origine de la fameuse Fête des Fleurs et des Cours d’Amour. 

C’était de cette façon que Albane et Berthe étaient courtisées. Belles, jeunes et nobles, elles étaient réputées pour leur vertu. Elles habitaient dans un étrange château de vielles pierres construit sur la pinacle d’un large rocher situé dans les montagnes menant au Village du Diable. Là elles menaient la plus appréciable des vies, constamment courtisées par des ducs, des seigneurs, des comtes, des vicomtes et des princes et à tout moment au centre de toutes les formes de divertissement concevables. 

En plus de leurs charmes, elles étaient riches. Des propriétés considérables leurs avaient été données par leur père, et comme cela couvrait un grand et prospère territoire, il y avait toujours parmi leurs admirateurs ceux qui cherchaient à obtenir cette possession par le mariage. 

Et ainsi les deux sœurs furent finalement fiancées à deux frères, MM. Jean et Pierre De Almond. On sait peu de choses sur eux, excepté qu’ils étaient galants, romantiques dans leurs chansons et ardents dans leur amour apparemment sincère pour les deux filles. Ils n’étaient pas de naissance noble, mais « rusés comme des renards et diligents dans leur aspirante force d’âme ». Toujours ensemble, toujours intoxiqués de plans pour vaincre des royaumes de part leurs pouvoirs, et se tenant toujours à part des autres galants du jour, il était peu étonnant qu’ils soient considérés comme des personnages suspects. 

« La paire du Diable » était leur surnom commun ; et « Freres du Diable » semble être la descrïption la plus proche de Jean et Pierre de Almond. 

Ils habitaient dans les montagnes dans les environs de Millau ; et ces montagnes noires semblaient cacher le véritable emplacement de leur château déclaré. Aucune connaissance positive n’est mise en évidence concernant sa localisation exacte, mais il a pu être établi d’après certaines circonstances que leur château devait être dans les environs immédiat du Village du Diable. 

Il est certain que tout ce pays appartenait aux deux VIERGES, Albane et Berthe, nom dû à leur pureté certaine même en constante compagnie de personnages suspects comme ces deux frères. Et encore plus sûr est le fait que ces deux frères désiraient se marier à Albane et Berthe dans l’unique but d’obtenir ces territoires. 

Des rumeurs commencèrent à se diffuser selon lesquelles Jean et Pierre tenaient des conférences nocturnes avec sa Majesté Satanique ; car plusieurs n’ont-ils pas vu dans les montagnes près de LA ROQUE SAINTE MARGUERITE des feux de minuit d’un rouge brillant ? Et n’y avait-il pas là des conférences et des signaux suivis d’effets terribles par la guerre et la peste ? 

Pas étonnant que ces montagnes furent abandonnées là où il y avait de petites villes ! Les français provinciaux étaient un peuple mystique et attendaient la seconde venue du Christ prédite ou la fin du monde ; et l’année 1000 (quand cela se passait) approchait rapidement et amenait avec elle toute forme concevable de superstition. Des centaines de personnes abandonnaient leur maison, leurs amis et leurs biens pour voyager vers Jérusalem, que la venue du Seigneur devrait protéger dans l’enceinte Sainte ; et les voleurs et les fourbes profitaient de ces peurs de l’ignorant pour endiguer leur pouvoir et leur richesse. 

La raison pour laquelle ces deux frères et ces deux sœurs ne se sont jamais mariés est un problème de conjoncture. Mais les légendes relatent qu’il devint bien établi que Jean et Pierre étaient de façon mystérieuse associés à tout ce qui était mauvais, malheureux et repoussant et que littéralement, même s’ils ne l’étaient pas de fait, ils étaient FRERES DU DIABLE. Quand cette idée se fut implantée dans les esprits et les cœurs de Albane et Berthe, et quand elles découvrirent que leurs biens et propriétés étaient les seules motivations des frères, il fut naturel qu’elles regardent leurs propositions avec mépris et les rejettent avec blâme et dédain. 

Mais cela ne fit qu’ajouter de la colère à leurs nombreuses mauvaises qualités et bientôt ces deux frères furent le sujet de nombreuses discussions à travers les royaumes du Sud de la France ; et l’attention était surtout tournée à cette époque vers les canyons du Tarn où, dans les montagnes noires, ils étaient supposés habiter dans quelque mystérieux village. 

Albane et Berthe déçue non seulement dans leur amour mais aussi dans leur foi en l’homme en général, acceptèrent ensuite de mener une vie de célibat et d’activités religieuses, et quelques mois plus tard se retirèrent dans un couvent construit sur l’ordre de leur père quelques temps avant sa mort, lequel était situé dans les montagnes à quelque distance de celui portant son nom. 

Leur château, construit sur des rochers, et maintenant déserté, fut appelé PECH DES DEUX VIERGES (le Rocher des deux Vierges). Ce château devint célèbre comme le lieu de naissance d’un des frères de ces deux vierges, St Fulcran, qui fut un moment évêque de Lodeve. 

Dans « LA VIE DE ST FULCRAN, EVEQUE DE LODEVE »† († : rare manuscrit d’Avery d’intérêt inusuel pour les mystiques), on trouve ces faits rapportés, et dans un rare et précieux manuscrit qui a été découvert à Campous, où de nombreux moines se retirèrent après leur expulsion de l’abbaye de St-Guillem-du-Desert en 1790, et lequel est maintenant parmi les manuscrits en possession de M Auguy de Vitry de Cignac, France, nous trouvons les intéressants faits suivants : 

« Il y a une légende dans un manuscrit concernant St Guillaume, titré LE GALLIA CHRISTIANA NOVA LE PLACE LE 34* qui établit que les deux vierges (Deux Vierges) étaient de l’antique famille de Montpeyroux. On peut toujours voir sur le cratère d’une montagne située sur un côté du Montepeyroux un ermitage en ruine et quelques vestiges de ce château où est né St Fulcran qui en était le seigneur. Il s’appelait le CHATEAU DES DEUX VIERGES à cause de deux sœurs du même St Fulcran qui ont vécu en célibat ET UNE DES QUELLES EST A CE JOUR RECONNUE COMME SAINTE. » 

Mais avant que ces deux vierges se retirent au couvent, elles exprimèrent leur haut dégoût pour les problèmes de la terre en renonçant tout droit à leur propriété. Leur motivation particulière était de rendre stérile toute cette partie de leur propriété qui était dans les environs de montagnes noires. 

Mais en faisant ça elles réalisèrent que de nombreuses petites villas situées à cet endroit souffriraient et que plusieurs seraient privés de leurs maisons et de leurs terres. En conséquence les deux sœurs décidèrent de trouver une grande ville où tout ceux qui alors vivaient dans les montagnes noires pourraient trouver des terrains gratuits et les autres nécessités de la vie. Après de soigneuses considérations elles choisirent pour le site de cette nouvelle ville, deux divisions de leurs terres situées sur les rives du Lez, à environ 10 miles de la mer Méditerranée. Elles appelèrent ces deux sections MONTPELLIER et MONTPELLIERETTE (en mémoire de la grande montagne chauve MONT-PELE, située au milieu des Montagnes Noires). 

 

Ces faits sont vérifiés dans les états que l’on trouve dans les ENREGISTREMENTS DE VERDALE dans les termes suivants : 

« De tout temps il y a eu une tradition bien fondée et supportée par les archives publiques, qui établit que deux sœurs fondèrent la ville de Montpellier. L’une possédait Montpellier et l’autre Montpellierette à côté. Elles étaient de l’ancienne noblesse, ce qui est prouvé par le fait qu’elles étaient les sœurs du bon Saint Fulcran, autrefois bien aimé Evêque de Lodeve. » 

 

Dans le testament de ce St Fulcran, que l’on peut trouver dans les anciennes archives de Lodeve, et qui est daté : « fait le 4 Février sous le règne de Jésus Christ en espérant un roi », il mentionne ces deux sœurs, et les appelle DAMES DE MONTPELLIER, « car » dit le commentateur, « elles étaient responsable de l’origine de ce village ». 

 

Les deux sœurs demandèrent qu’une commission soit mise en place pour gouverner cette ville et qu’elle doit être construite, dirigée et maintenue dans des lignes progressives pour l’éducation générale et l’élévation (morale/spirituelle) de ses habitants. 

On peut constater la réussite de ces plans en visitant la ville aujourd’hui, et en notant, comme nous le ferons dans quelques minutes, les nombreux témoignages historiques. 

Petit à petit, toutes les maisons des Montagnes Noires furent désertées ; et, quand arriva l’année 1000 et que Dieu ne vint pas sur Terre et ne causât pas sa destruction, des centaines d’habitants revinrent en France de la Terre Sainte pour commencer une nouvelle vie. Montpellier, avec ses étranges murailles, devint densément peuplé et au milieu du 11ème siècle, toutes les connaissances des vieux villages des Montagnes Noires, et en particulier le village où vivaient les FRERES DU DIABLE, furent oubliées, et une partie de la France, autrefois, à la fois célèbre et infâme (famous and infamous), fut perdue dans l’oubli. 

CHAPITRE TROIS 

 

Continuons maintenant notre voyage en quittant la station de Montpellier et remontons vers la rue principale, RUE MAGUELONE. On remarque que Montpellier est une ville d’environ 57000 habitants, et une ville propre, chaleureuse et étrangement blanche. Cela est du au calcaire blanc du sol qui est pulvérisé sur les chemins et les routes et que les vents forts soufflent constamment sur les bâtiments fait de pierres blanches. La ville semble être dans une tempête de neige, les arbres étant toujours couverts de cette poudre blanche et tous les bâtiments ayant leurs volets fermés et donc blanchis. Cependant l’effet est plaisant, et se rafraîchissant à l’ombre, il faut bien rester voilé en voyageant, surtout en automobile ; et il aussi plaisant de regarder le soleil à travers la vitre reflétant la lumière blanche. ( ??) 

Les rues sont courtes et tortueuses, étroites et grossièrement pavées. Les bâtiments sont généralement très vieux et si nous tournons dans les allées on voit de nombreux bâtiments historiques occupés par des industries modernes ; Montpellier est une ville du progrès et ne prend pas soin de ses antiquités. 

Sur un côté de rue ou allée sans nom, on peut voir le vieux château d’Aragon, où habitait Dona Marie, Dame de Montpellier, et d’où elle sortait en robes majestueuses pour devenir Reine d’Aragon en 1200. Il est intéressant, en tant qu’expérience typique, d’entrer dans ce vieux château de pierre. Sa grande entrée, vue aussi dans les bâtiments modernes de France, conçue pour laisser passer des chevaux et des chariots/voitures, est pavé à l’intérieur du bâtiment en pavés ronds, et sur un côté il y a une porte très étroite menant à des escaliers circulaires en pierre, large d’un mètre, qui mènent aux différentes pièces et halls de pierre. Alors que le bâtiment principal semble petit du dehors, à l’intérieur on voit que tous les bâtiments voisins se rejoignent et sont reliés par des passages secrets et, dans les nombreuses chambres secrètes et étrangement fermées, on peut encore voir de très belles portes et arches sculptées (et des manteaux ?). Ce bâtiment en 1909, bien que méritant d’être conservé pour les visiteurs, était occupé par un épicier de gros comme grenier, et dans l’une des pièces de la prison, un grill (le matériel pour griller) à café était toujours en place, au plus grand dégoût des visiteurs amoureux de l’histoire et de l’antiquité, tandis qu’à deux étages plus haut il y avait une vieille loge rosicrucienne qui a été utilisée de 1843 à 1859 par une Grande Loge de Montpellier. 

A la fin de la rue Maguelone se trouve la Place de la Comédie, ornée de la gracieuse fontaine des TROIS-GRACES, construite en 1776 et faisant face au Théâtre. D’un autre côté de la ville on voit le PEYROU, une jolie promenade et un parc, et sur les côtés des grandes voies ferrées du PEYROU, on voit deux groupes de pierres, de façon étrange mais éloquente, racontant l’histoire des deux sœurs qui ont fondé la ville ; l’un représente L’AMOUR TRIOMPHANT DE LA FORCE, et l’autre, LA FORCE VAINCUE PAR L’AMOUR. Au bout du parc se trouve le fameux CHATEAU D’EAU, construit en 1753. 

Continuons notre voyage vers Millau, situé à environ 60 miles de Montpellier et sur la rive gauche du Tarn. Cette ville était appelée AEMILIANUM CASTRUM par les Romains et aujourd’hui elle comporte environ 16500 habitants. 

Ici on entre dans le CANYON DU TARN et dans les Montagnes Noires. Comme le nom l’indique, le canyon du Tarn est comparable au célèbre canyon du Colorado et il est d’une beauté merveilleuse, voir même de construction plus merveilleuse encore que celui-ci. Ce sont les gorges les plus curieuses produites dans les CAUSSES par l’érosion des ruisseaux pendant la période glaciaire dans les CEVENNES. 

En entrant dans le canyon on remarque les rochers qui s’élève à une hauteur de 800 à 1100 pieds et la distance entre leurs sommets varie d’1/2 mile à ¾ de mile. C’est dans ce secteur que se trouvent les montagnes Noires originelles précédemment mentionnées, et il est difficile d’imaginer quelque chose de plus bizarre et impressionnant. Des remparts gigantesques et des falaises perpendiculaires surplombaient à une époque le Tarn et à d’autres endroits ils se retirent en terrasse formée de plusieurs strates de calcaire, aussi variées en épaisseur qu’en couleurs délicates et particulières qui semblent rivaliser de soi-disant marquages étranges ; les rochers eux-mêmes sont fragmentés en centaines de formes différentes et du calcaire jaune apparaît, ainsi que du marbre noir schisteux et de la dolomite rose et marron. 

En passant à travers le canyon, et particulièrement dans la section des montagnes Noires, il faut prendre d’étranges sentiers sinueux pour suivre un semblant de chemin. Parfois nous sommes sur de hautes et majestueuses crêtes surplombant une vallée vaste et sans fond ; à d’autres moments on croirait descendre dans les entrailles de la terre et comme le chemin s’assombrit et que nous découvrons de nombreuses petites et inquiétantes cavernes, on ne se souvient pas que cet endroit était appelé le domaine de sa Majesté Satanique. Et s’il n’y avait pas pour ce printemps occasionnel quelques fleurs magnifiquement colorées, de la végétation et des vignes, on croirait passer dans l’entrée volcanique de Jules Verne vers le centre de la terre et l’on rebrousserait immédiatement chemin. 

Mais nous nous hâtions vers le village de Peyreleau, situé sur les rives du Jonte, prenant pour y aller des chemins modernes, et soulageant notre marche sur le dos des mules. Nous nous préparons maintenant pour notre intéressant séjour pour l’étrange et mystérieuse ville du Diable. 

 

CHAPITRE QUATRE 

 

Pour correctement apprécier notre visite au Village du Diable, il faut y passer au moins deux jours, mais comme le village est inhabité, il est nécessaire de passer les nuits à Maubert, un hameau à plusieurs miles, qui ne peut se vanter que de quelques lits et appartements pour seulement 2 ou 3 touristes à la fois. 

Néanmoins nous préparons une journée entière de provisions, la nourriture n’étant pas accessible sur la route. Il faut s’habiller de façon confortable, mais adaptée pour gravir une montagne avec le moins de bagages possible. 

Il y a plusieurs moyens de transport, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients, mais à Le Rozier, le village à côté de Peyreleau, on peut louer une voiture 3 places pour 15 francs (3 dollars), et se rendre à Maubert en 2 heures. Nous nous procurons ici un guide et la question de transport jusqu’au Village du Diable est décidée en accord avec le guide que nous avons choisi. M. Lavinne, le plus populaire des deux guides ennemis, avait un char à mule typique de 2 à 4 places assises, et les arguments enthousiastes concernant ses conseils et son moyen de transport sont expliqués de façon convaincante avec autant de gestes que de mots, et il est amusant de le voir lever les mains en horreur et dérision en mentionnant M Robert qui possède quelques mules et qui de la même façon, bien que moins énergique, déclare que ses conseils et que son chariot sont les plus sûrs pour traverser les montagnes. 

Si nous sommes seuls, nous acceptons de monter sur une mule, mais si nous sommes 3 ou 4, on est tenté de monter dans la voiture. A environ ½ mile de distance nous entrons aux abords du Village du Diable, et avant de passer effectivement sous ses PORTAILS de pierre, nous montons la montagne sur la droite, où se trouve l’ancienne CITADELLE, faite de pierres, et où il est dit que le Diable et ses frères qui ont cherchés à se marier à Berthe et Albane, envoyer leurs signaux de feu de minuit et où les réunions fantomatiques et maléfiques étaient tenues. De cet endroit on peut voir l’ensemble de la ville et s’arrêter un moment pour considérer l’histoire de la découverte de cette cité. 

Comme dit plus haut, le village était inconnu de l’histoire mondiale ou aux recherches jusqu’en 1883. Cela ne paraîtra pas bizarre à ceux qui feront le voyage. Même après sa découverte, il n’y avait pas de guide pour indiquer son chemin sinueux, et la ville de Maubert, si elle peut être appelée une ville, n’existait pas encore et il n’y avait pas d’incitation pour le touriste, même pour les plus férus d’escalade, de passer à travers ces montagnes Noires sans nourriture ou endroit pour se reposer. 

Mais en 1883, Monsieur L. de Malafosse, un rosicrucien dont le château est près de Mende, à 35 miles, a fait la merveilleuse découverte de ce lieu et y a attiré l’attention des scientifiques. Le sujet a grandement intéressé M. E. A. Martel du Club Alpin Français, qui a immédiatement visité le village et a fait un plan de ses RUES ET BOULEVARDS. 

Le village est situé sur un plateau carré de 1 ½ miles de côté, et il semble que ce plateau a été spécialement conçu pour accueillir un village ; car dans une région si montagneuse un plateau élevé de telles dimensions est remarquable et il n’y a pas d’équivalent dans toute l’Europe, à part peut-être le bien plus petit BOIS DE PAIOLIVE. 

Maintenant, bien que Mons. De Malfosse ait donné une explication de sa localisation et attira l’attention des scientifiques sur son existence, j’ai l’ample preuve que le village du Diable et la Vallée du Diable étaient connus de quelques mystiques et d’hommes instruits quelques années avant 1883 ; j’ai en effet en ma possession un enregistrement rare de la légende d’Auvergne dans lequel est mentionné le supposé conseil du Diable et ses deux frères, comme précédemment décrit, et donnant un croquis original de ces diables pendant l’une de leurs réunions nocturnes ; et bien que cet enregistrement rare, qui fut pour la première fois amené à la lumière en 1838, donne quelques détails mineurs sur ce que l’on croyait qu’il existait dans la Vallée du Diable, il n’essaie pas de donner l’histoire complète de l’existence du village et de la romance qui y est reliée. 

Ainsi, Mons de Malfosse n’a pas découvert un véritable village inconnu, mais a plutôt redécouvert ce qui était publiquement et de façon générale inconnu. Pour citer de Malfosse dans son rapport original : « on ne peut pas, sans l’avoir vu, se faire une idée de cette accumulation de ruines apparentes, où, à côté des rochers représentant des monstres gigantesques se trouvent des fac-similés d’imposants monuments. La masse entière enchevêtrée de rues, d’arches, de passages et de corniches en saillie, parfois se croisant en angles droits, comme dans une ville tracée en ligne, parfois formant un croissant ou un carré, est un véritable labyrinthe de 500 acres. Des rocs isolés, formant de tours ou de pyramides, font plus de 100 m de haut et certaines des RUES passent entre des rangées d’EDIFICES d’une hauteur de 30 à 60 mètres. La totalité de cet immense ensemble est abandonnée à une solitude totale. » 

Cette descrïption présente l’image que nous voyons depuis la vielle citadelle aux abords. Maintenant descendons du rocher et entrons dans la ville même par la rue principale, appelée le BOULEVARD DIABOLO. 

On a tout de suite l’impression qu’aucune main d’homme n’a jamais conçu cette ville ; car on ne peut pas croire qu’il ait existé un cerveau, aussi fertile en création fantastique et si singulier dans les détails de construction, pour guider la construction ou la planification de cette étrange ville. Et pourtant qui peut dire que la nature seule, même dans ses rêves les plus fous et ses projets les plus illusoires, ait pu produire cette vue mystifiée que nous voyons ? On essaie d’être logique, raisonnable et sensé dans nos conclusions, mais nous sommes hantés par la possibilité, et même la probabilité, que quelque pouvoir diabolique se manifestait lors de la construction de cette ville. L’atmosphère, lourde d’un silence de mort et chargée de la pâleur de la solitude, du mystère et d’une vie oubliée, nous fait chuchoter par respect, - respect pour ce qui ETAIT (was) et pour ce qui A PU ETRE (might have been). Pas de festivité ou de gaieté ici et aucun cœur qui puisse s’empêcher de sentir que dans cet endroit abandonné, Dieu et le Diable, la joie et la tristesse, l’amour et la haine, le pouvoir et la faiblesse et la vie et la mort se rencontrent à cette frontière. 

Le sol devant nous est plat, lisse, et à certains endroits présente une surface de pierre, comme une rue pavée. De chaque côté s’élèvent des BATIMENTS taillés par une main mystérieuse donnant l’apparence de châteaux, de forts ou de cottages. Les fenêtres, larges et imposantes, les portes, passages et mêmes les BALCONS sont apparents et on ne peut s’empêcher de s’émerveiller à la vue étrange d’une occasionnelle véranda ou arche à quelques entrées et devant les corniches finement saillantes des plus hautes constructions. 

En avançant dans cette rue principale, nous arrivons à ce qui peut être appelé un angle de rue, car on voit un croisement en angle droit exact et avec des structures similaires de chaque côté. Plus loin nous arrivons devant une imposante structure avec une entrée énorme et on l’appelle justement l’HÔTEL DU VILLA, ou City Hall ; et sans grand développement d’imagination on peut se représenter les figures silencieuses et mystérieuses des anciens habitants de cette ville, marchant lentement d’un air abattu dans cette cour, pour planifier le travail diabolique qui leur a été attribué dans les années 800 à 1000. 

Plus loin nous entrons dans un CIRQUE ou cercle, tel que ceux construit de façon artistique dans les villes modernes. On nous dit que ce cercle, un des plus petits de la ville, s’appelle le CIRQUE DES ROQUETTES et que son diamètre le plus long est 1652 feet, le plus petit diamètre 650 feet et que les murs font 380 feet de haut. Alors que nous contemplons cette vue nous autorisons nos esprits à errer et nous pensons à la légende des frères du Diable qui ont vécu ici et essayons d’imaginer quelle utilisation ils ont pu faire de ce cirque. Les hommes et les femmes qui ont étrangement disparus en ce temps ont-ils été amenés ici et subi une mort innommable / honteuse (ignominious)? Etait-ce des feux de peste, de plaie et de souffrance allumés ici, ou ces frères étaient-ils en partie humain après tout, et adoré ici un maître de quelque sorte ? L’esprit humain est inconstant, ses chemins de raisonnement sont bizarrement ramifiés avec des contournements vers des images attrayantes et illogiques, et quand nous éveillons et ravivons le pouvoir subtil de suggestion, nous imaginons beaucoup de choses ; cela peut expliquer notre soudaine aversion pour ce cirque, car, ne voyons nous pas dans cette obscurité intérieure de cette arène les visages transparents et lumineux des hommes et des femmes, les genoux pliés et suppliant grâce et aide ? et n’entendons nous pas les pleurs agonisantes d’enfants et la plainte silencieuse d’une vie partant dans l’agonie alors que partout nous voyons la tâche sombre et cramoisie du sang innocent ? 

L’horreur emplit nos âmes ; nous essayons de nous détacher du pouvoir qui s’est emparé de notre raison, mais nous y sommes tenus fermement, captifs dans les mains de la même puissance invisible et inconnue qui a manié l’instrument qui a sculpté les vues fantastiques qui nous entourent. 

Nous tournons à l’Est et passons dans une autre rue sans nom mais magnifique dans ses structures et passages couverts d’arches qui assombrissent l’intérieur inconnu des cours ; alors que l’on peut se vanter d’être entrés dans les différentes cavernes des Cévennes, particulièrement celle de Roquefort, d’où vient le fameux fromage, à d’autres endroits où l’environnement peut être tout aussi sombre, personne ne tenterait jamais une entrée à l’intérieur de ces cours inconnues, et il semble que nous soyons tenus par des obligations de fer et nos pieds refusent la volonté mentale d’aller contre cet interdit. 

Devant nous nous voyons le CIRQUE DU LAC, qui est de construction similaire au cirque que nous venons juste de visiter, mais qui a une époque a contenu de l’eau. Pourtant maintenant, comme pour ajouter à l’aspect abandonné, dévasté et triste de la scène, le cirque est sec et on ne peut s’empêcher que peut-être la nature a refusé de fournir à cet endroit impie un de ces dons les plus généreux et nourrissants. 

Près d’ici il y a plusieurs AMATS ou SQUARES publics et nous nous arrêtons encore pour poser la question si la nature seule a construit ce village, où les arènes et les squares sont arrangés de façon si sensés et situés de façon si attrayantes ; et si nous avons besoin de plus d’évidences circonstancielles de cette possibilité, il suffit d’avancer un peu pour voir un FORUM parfaitement proportionné, à la silhouette et aux contours similaires à ceux souvent vus sur le continent. 

Mais peut-être que la vue la plus étrange et la plus suggestive de toutes est celle du BOULEVARD MONUMENT, où se trouvent 17 obélisques ou monuments, rangés par hauteur de 100 à 300 feet. Ils se trouvent à différents endroits ouverts entre les nombreux châteaux et ils sont tous différents en taille et apparemment, créés pour exprimer symboliquement l’incident en mémoire duquel ils ont été érigés. Bien sûr, ils ont l’air de simples monstres de la nature, comme le roc tremblant dans les environs proches, qui tremble chaque minuit si violemment que chacun craint qu’il ne tombe et blesse quelqu’un. Ainsi, comme le roc tremblant, la légende dit que ces obélisques ont été érigés par le Diable et ses deux frères en mémoire des terribles plaies, guerres, morts et crimes qu’ils ont planifiés et accomplis. 

Debout ici, regardant ces étranges monuments dans cette cité sans vie et remarquant juste en dehors de ses limites des vignes magnifiques, les arbustes et le houx fleurissant à la base de pins majestueux, et levant les yeux pour voir le même ciel bleu, le même soleil, et les mêmes groupes de nuages éparses qui passent au-dessus d’habitations plus gaies et plus divines, nous nous émerveillons en pensant à ce que ces rues étranges ont pu être à une certaine époque, ce que les bâtiments ont pu contenir et à ceux que les habitants du Village du Diable ont pu faire pour que Dieu et la nature en évident chagrin, tristesse et répulsion, amènent la mort, le dénuement, l’infamie et une inconsolable obscurité sur cette seule section du monde et cela au milieu de régions fertiles, entourée de superbes beautés, d’un peuple craignant Dieu, et de nations progressives, actives et religieuses. 

En passant par le Sud, nous quittons le Village par l’une de ses principales entrées constituée d’une arche typique du PORT (porte d’accès ?) romain et flanquée de chaque côté par ce qu’on pourrait appelé le Mur du Village. Nous restons quelques minutes sur une légère élévation qui donne une autre vue d’ensemble des rues et des bâtiments et c’est seulement à ce moment que l’on réalise pleinement que tout ce que nous avons vu, les structures remarquables, les CIRQUES, arènes, forums, amphithéâtres, châteaux, obélisques, étaient le résultat de quelque étrange monstre de la nature et qu’aucun humain n’était concerné par le plus petit détail de la construction du village ; que même les imposantes cours, les portes et fenêtres étaient faites par l’action de l’eau, du vent et d’autres éléments dans des temps passés et quand toute cette partie du monde était inconnue de l’homme. 

 

Ainsi, je vous quitte, mon lecteur, sur votre chemin de retour à Montpellier et au monde de la vie. Votre voyage a été sûr et intéressant et nous resterons un moment à Montpellier pendant que vous étudiez les merveilles que vous avez vu et que je m’empresse à mes autres tâches. 

Je vous retrouverai à Montpellier sous peu, et de cette vieille ville nous ferons un second voyage vers une autre ville étrange non loin et là-bas nous participerons à quelques convocations rosicruciennes mystiques telles qu’elles sont inconnues dans ce pays et se retrouvent peut-être seulement en Egypte dans les Temples de notre Ordre. 

 

FIN

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